Ce mercredi, l’avocate pénaliste Marine Allali a exprimé, sur Franceinfo, une demande pressante pour la création d’un parquet national spécialisé dans les crimes sexuels en série. Cette initiative s’inscrit dans le cadre des discussions autour d’une proposition de loi visant à renforcer la lutte contre les violences sexistes et sexuelles (VSS).
EN BREF
- Des avocats demandent un parquet national pour les crimes sexuels en série.
- Ce parquet pourrait s’autosaisir de dossiers non élucidés.
- La création d’une juridiction spécialisée pourrait améliorer l’identification des victimes.
La proposition a été portée par des avocats, dont Marine Allali, qui soulignent l’importance de se concentrer sur les violences sexuelles, considérées comme des « dossiers de masse ». Actuellement, le pôle « cold case » de Nanterre, qui traite les affaires non résolues, ne peut pas s’autosaisir si des indices de sérialité apparaissent dans les dossiers de violences sexuelles.
« On sait aujourd’hui qu’il n’y a pas tant de tueurs en série, mais les violeurs en série sont très nombreux à travers la France », a précisé Marine Allali. Elle déplore le manque de culture de la série dans la justice, indiquant que les distances géographiques et temporelles entre les crimes compliquent les rapprochements nécessaires entre les affaires. L’avocate a également souligné l’absence d’une volonté institutionnelle de rechercher d’autres victimes lorsque des plaintes sont déposées.
La création d’un parquet dédié permettrait, selon elle, à des magistrats de s’autosaisir de dossiers impliquant des violences sexuelles en série, ce qui n’est pas le cas actuellement. « Les magistrats ne sont pas informés lorsque des dossiers de ce type émergent », a-t-elle constaté. Par conséquent, les cas de crimes sériels ne sont pas traités avec la rigueur nécessaire, laissant de nombreuses victimes sans justice.
Marine Allali a également évoqué le fait que chaque juridiction se concentre sur ses propres dossiers, sans prendre en compte le parcours criminel des auteurs. Cela conduit à des condamnations isolées, où des criminels sont jugés pour un fait, puis pour un autre, sans lien entre eux. « On finit par laisser de côté un certain nombre de victimes pour lesquelles ces auteurs ne sont jamais condamnés », a-t-elle ajouté.
Le manque d’information est un autre point crucial soulevé par l’avocate. « Savoir qu’une personne est suspectée d’avoir commis plusieurs viols permettrait de rechercher d’autres victimes, mais cela n’existe quasiment jamais dans les procédures actuelles », a-t-elle déploré.
Concernant la loi intégrale qui sera débattue à l’Assemblée nationale, Marine Allali a noté qu’elle propose des outils juridiques, comme des reports de prescription en cas de sérialité, qui pourraient aider à retrouver des victimes de faits anciens. Toutefois, elle a mis en garde contre l’absence de juridiction spécialisée sur ce sujet. « Sans spécialisation, les enquêteurs et les juges d’instruction manquent des moyens et des connaissances nécessaires pour comprendre véritablement une série criminelle », a-t-elle déclaré.
En conclusion, la création d’un parquet national dédié aux crimes sexuels en série pourrait représenter une avancée significative dans la lutte contre ces atrocités. Une spécialisation des magistrats et des enquêteurs est jugée indispensable pour améliorer les enquêtes et garantir que toutes les victimes reçoivent la justice qu’elles méritent.