Crise de l’industrie allemande : les effets dévastateurs de la guerre au Moyen-Orient

La guerre actuelle au Moyen-Orient génère une onde de choc dans l’industrie allemande, qui se déclare en « mode de crise absolu ». Les secteurs clé, notamment la chimie, l’acier, les engrais et le ciment, subissent de plein fouet les conséquences de ce conflit, exacerbées par la flambée des coûts et les perturbations des chaînes d’approvisionnement.

EN BREF

  • Les industries allemandes font face à des pénuries et à des hausses de coûts importantes.
  • Le conflit au Moyen-Orient impacte l’approvisionnement en matières premières essentielles.
  • Les prévisions de croissance du PIB allemand pour 2026 ont été abaissées par plusieurs instituts.

Selon Wolfgang Große Entrup, directeur de la fédération allemande de la chimie (VCI), la situation est alarmante. « Nos entreprises fonctionnent actuellement en mode de crise absolu », a-t-il déclaré. Les signes de pénuries extrêmes et de ruptures de chaînes d’approvisionnement apparaissent, ce qui inquiète particulièrement les acteurs de l’agrochimie, où la dépendance au gaz naturel est forte.

Le conflit a également entraîné une augmentation des prix de l’énergie, notamment à cause de la fermeture du détroit d’Ormuz, un passage stratégique pour le transport des hydrocarbures. Cette situation est aggravée par la dépendance de l’industrie allemande à des matières premières comme l’ammoniac, le phosphate, et même l’hélium, dont l’importation est fortement touchée par les événements en cours.

Dans l’agrochimie, par exemple, Carsten Franzke, dirigeant de SKW Stickstoffwerke Piesteritz GmbH, a exprimé ses préoccupations : « En raison du blocage du détroit d’Ormuz, nous recevons davantage de demandes pour la vente d’engrais. Toutefois, nous avons dû réduire temporairement notre production à cause de l’augmentation des prix du gaz naturel. » Cette dynamique pourrait conduire à une stagflation, où la croissance stagne tandis que les prix continuent d’augmenter.

Les conséquences de la guerre s’étendent également à l’approvisionnement en aluminium, essentiel pour plusieurs secteurs. Près de 10 % de l’aluminium primaire importé par l’Allemagne provient du Moyen-Orient. Angelika El‑Noshokaty, directrice de la fédération du secteur de l’aluminium, a averti que les fonderies locales pourraient faire face à des réductions de production si les stocks de bauxite venaient à s’épuiser, un scénario qui pourrait prendre jusqu’à un an pour être résolu.

Dans l’industrie lourde, l’acier représente un enjeu majeur. La hausse des coûts de l’énergie, utilisée dans plusieurs étapes de production, pourrait peser lourd sur les marges. Thyssenkrupp Steel Europe a déjà signalé des inquiétudes quant à l’impact de cette hausse sur les coûts de production.

La logistique est également touchée, comme en témoigne la situation chez Seifert Logistics GmbH, à Ulm. L’augmentation de près de 50 % du prix du diesel est en train d’absorber toute leur marge. « Nous avons appelé nos clients presque 24 heures sur 24 pour ajuster nos prix plus rapidement », a expliqué un responsable de la société.

Cependant, certaines entreprises, comme Siemens, semblent mieux armées face à cette crise. Elles ont réussi à réduire leur consommation d’énergies fossiles de 40 % depuis 2022 grâce à une stratégie de décarbonation. Malgré tout, après seulement deux semaines de conflit, il est évident que la guerre avec l’Iran met en lumière des problèmes structurels qui affligent déjà l’industrie allemande, déjà fragilisée par des coûts d’énergie élevés et les conséquences des tensions commerciales internationales.

Le ministère allemand de l’Économie s’efforce de mettre en place des mesures pour protéger l’industrie des hausses de coûts énergétiques. Cependant, plusieurs instituts, tels que l’Ifo de Munich, ont déjà abaissé leurs prévisions de croissance du PIB allemand pour 2026, passant de 1 % à 0,8 %, et même 0,6 % si le conflit persiste.

Clemens Fuest, président de l’Ifo, a exprimé un certain optimisme, espérant que cette situation ne soit qu’un « coup de frein temporaire ». Néanmoins, la réalité actuelle des entreprises allemandes face à cette crise ne laisse guère de place à l’optimisme.