Diffusée le 16 mars 2026 dans le journal télévisé de 20h00 de France 2, l’interview du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, par Léa Salamé a suscité de vives critiques. Les réactions négatives émanent notamment du gouvernement français et des autorités ukrainiennes, alors que le G7 se tenait à Paris.
EN BREF
- L’interview de Lavrov a été critiquée pour complaisance envers la Russie.
- Le ministre français des Affaires étrangères a dénoncé la diffusion de « mensonges ».
- La polémique soulève des questions sur la neutralité de l’information publique.
Jean-Noël Barrot, ministre français des Affaires étrangères, a exprimé son mécontentement, déclarant que Lavrov « a pu dérouler tranquillement sa propagande ». Cette affirmation a été partagée par plusieurs experts, qui ont souligné que « répéter des mensonges à une heure de grande écoute n’en fait pas des vérités ». Barrot a rappelé que la Russie est à l’origine d’une « guerre d’agression » contre l’Ukraine, au cours de laquelle des « crimes de guerre documentés » ont été commis.
Vadym Omelchenko, l’ambassadeur ukrainien à Paris, a également critiqué l’interview, posant la question : « À quoi bon offrir une tribune à un fasciste ordinaire et à un criminel de guerre ? ». Ces propos illustrent le mécontentement croissant face à la légitimisation de figures controversées sur les médias publics.
Philippe Corbé, directeur de l’information de France Télévisions, a défendu l’entretien, affirmant qu’il existe un « intérêt journalistique évident » à interroger le chef de la diplomatie russe, considéré comme un acteur majeur de la guerre au Moyen-Orient. Il a insisté sur le fait que l’interview n’était pas complaisante, citant le travail de la rédaction sur l’actualité russe et ukrainienne, avec près de 400 reportages réalisés sur le terrain en Ukraine.
Enregistrée à distance, l’interview a été diffusée en partie dans le journal de 20h00, attirant 3,4 millions de téléspectateurs selon Médiamétrie. La version intégrale d’une heure a été mise en ligne sur le site de Franceinfo. France Télévisions a précisé que la diffusion complète de l’interview était une exigence de la Russie, insistant sur la nécessité de transparence dans l’information.
Cependant, cette séquence a été qualifiée de « catastrophique » par Dimitri Minic, spécialiste de la Russie à l’Institut français des relations internationales (Ifri). Il a averti que si les équipes de France Télévisions sous-estiment la lutte informationnelle, elles courent le risque de ne pas comprendre le rôle central que Moscou attribue à la désinformation dans sa guerre contre l’Occident.
Des critiques spécifiques ont également été émises concernant le manque de réponses à des questions cruciales pendant l’interview. Louis Duclos, analyste, a regretté que Léa Salamé n’ait pas interrogé Lavrov sur les « crimes de guerre de la Russie en Ukraine », citant des exemples tragiques tels que Boutcha, Marioupol, et Izioum, ainsi que les atrocités commises contre des civils.
La Société des journalistes de France Télévisions a pris la défense de Léa Salamé. Son président, Valéry Lerouge, a affirmé que la journaliste avait mis Lavrov « devant les faits », en abordant les frappes sur des écoles et des hôpitaux, ainsi que le nombre de civils ukrainiens tués. Il a insisté sur le fait que des preuves de ces actes existent sur le terrain.
Cette controverse intervient dans un contexte déjà délicat pour France Télévisions, qui fait l’objet d’une enquête parlementaire sur la « neutralité » et le « financement » de l’audiovisuel public. Le changement de direction, avec Philippe Corbé remplaçant Alexandre Kara, a également été marqué par des critiques antérieures, notamment des erreurs dans la couverture d’événements tragiques.
À travers cette polémique, se dessine un débat plus large sur la responsabilité des médias dans la diffusion d’opinions et de discours controversés, en particulier lorsqu’il s’agit de personnalités politiques associées à des violations des droits de l’homme. La question demeure : comment concilier la liberté d’expression avec la nécessité de ne pas donner la parole à des discours qui peuvent nuire à la vérité et à la justice ?