Un pétrolier russe sous sanctions, l’Anatoly Kolodkin, est attendu à Cuba ce mardi, défiant ainsi le blocus imposé par les États-Unis sur l’approvisionnement en carburant de l’île. Cette situation survient alors que Cuba fait face à de graves pénuries d’énergie, exacerbées par l’absence de livraisons de pétrole depuis près de trois mois.
EN BREF
- Un pétrolier russe arrive à Cuba, défiant le blocus américain sur le pétrole.
- Le pays n’a pas importé de pétrole depuis le 9 janvier 2026.
- Les pénuries d’énergie entraînent des coupures d’électricité régulières à Cuba.
L’Anatoly Kolodkin, qui transporte 730 000 barils de brut, a dépassé la pointe est de Cuba et remonte la côte nord en direction du port de Matanzas, au nord-ouest de l’île. Selon le site spécialisé MarineTraffic, le navire navigue à une vitesse d’environ 13 nœuds (24 km/h). Bien que son arrivée ait été d’abord prévue pour lundi, elle a été réévaluée à mardi.
Cuba, peuplée de près de 10 millions d’habitants, n’a pas reçu de pétrole depuis le 9 janvier, date de la dernière livraison effectuée par le Mexique, qui a suspendu ses envois sous la pression de Washington. Jorge Piñón, expert en énergie à l’université américaine d’Austin, a exprimé sa surprise face à l’absence d’interception par les États-Unis du pétrolier russe. Selon lui, une fois entré dans les eaux cubaines, il sera très difficile pour le gouvernement américain d’intervenir.
Le président américain Donald Trump a déclaré que l’arrivée de pétrole, qu’il provienne de Russie ou d’ailleurs, ne changerait pas la situation de Cuba, affirmant que « Cuba est finie ». En parallèle, le New York Times a rapporté que les garde-côtes américains avaient permis au pétrolier de poursuivre son chemin vers l’île, selon un responsable anonyme.
Le 19 mars, le gouvernement américain a assoupli certaines sanctions contre le pétrole russe, mais a précisé que ces hydrocarbures ne pouvaient toujours pas être livrés à Cuba ni à la Corée du Nord. Par ailleurs, le Sea Horse, un autre pétrolier, a été vu transportant du gazole russe vers Cuba, mais a finalement pénétré dans les eaux vénézuéliennes.
Depuis janvier, Cuba a perdu son principal fournisseur de pétrole, le Venezuela, suite à la capture du président Nicolás Maduro par les forces américaines. Les coupures d’électricité, pouvant dépasser 20 heures, sont devenues régulières, avec au moins sept coupures nationales enregistrées depuis le début de l’année 2024. Le président cubain, Miguel Díaz-Canel, a mis en place des mesures strictes de rationnement du carburant, et les prix ont explosé.
Le Kremlin a récemment indiqué qu’il discutait avec Cuba des moyens d’aider l’île, bien qu’il ait refusé de commenter des rumeurs concernant une livraison secrète de gazole. La Russie et Cuba, alliées depuis l’époque soviétique, ont renforcé leurs liens depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par Moscou en 2022.
Une fois la cargaison de l’Anatoly Kolodkin arrivée, il faudra entre 15 et 20 jours pour traiter le pétrole, suivi d’une période de 5 à 10 jours pour la distribution des produits raffinés. Jorge Piñón a souligné que le besoin urgent à Cuba est le gazole, et que la cargaison pourrait être transformée en 250 000 barils de gazole, suffisant pour assurer le fonctionnement du pays pendant environ 12 jours et demi.
Le gouvernement cubain devra ensuite décider comment utiliser ce carburant, que ce soit pour les générateurs de secours ou pour les transports essentiels à l’économie.
Enfin, il est à noter que l’Anatoly Kolodkin, sous sanctions américaines, avait chargé son pétrole dans le port russe de Primorsk le 8 mars et a été escorté par un navire de la Marine russe jusqu’à l’entrée de l’océan Atlantique.