L’ancien Premier ministre Édouard Balladur est décédé ce lundi 31 août à Paris, à l’âge de 97 ans. Sa famille a annoncé la nouvelle à l’AFP, confirmant qu’une messe sera organisée dans la plus stricte intimité familiale.
EN BREF
- Édouard Balladur est mort à 97 ans, laissant un héritage politique complexe.
- Ancien Premier ministre de François Mitterrand, il fut aussi un rival de Jacques Chirac.
- Sa défaite présidentielle de 1995 a marqué un tournant dans la vie politique française.
Édouard Balladur a marqué la vie politique française par son parcours singulier et ses ambitions. Dernier Premier ministre sous François Mitterrand, il a occupé ce poste de mars 1993 à mai 1995. Son amitié de longue date avec Jacques Chirac s’est transformée en rivalité lors de la campagne présidentielle de 1995, où il a subi une défaite cinglante qui reste dans les mémoires.
Balladur, originaire de la classe bourgeoise, a débuté sa carrière politique à 35 ans au cabinet de Georges Pompidou, sous le général de Gaulle. Sa participation aux accords de Grenelle en 1968, aux côtés de Jacques Chirac, a marqué le début de sa montée en puissance. Il est rapidement devenu un proche conseiller de Chirac à l’Élysée, avant de faire son retour sur la scène politique dans les années 1980.
Ministre d’État chargé de l’Économie, des Finances et des Privatisations dans le premier gouvernement de cohabitation, il a mis en œuvre un vaste programme de privatisations, visant à défaire les nationalisations des grandes entreprises imposées par la gauche en 1981. Ces actions ont été influencées par le vent libéral qui soufflait sur le monde, notamment avec les politiques de Margaret Thatcher et Ronald Reagan.
Sa carrière politique a pris un tournant décisif en 1995, lorsqu’il a été choisi par Chirac pour prendre la tête du gouvernement. Bien que sa popularité ait crû, sa campagne présidentielle s’est révélée être un cas d’école. Initialement donné largement en tête des sondages, son avance a rapidement fondu face à l’offensive de Chirac, qui a su séduire l’électorat avec son thème de la « fracture sociale ». Au final, Chirac a remporté la présidentielle, mettant ainsi un terme aux ambitions de Balladur.
Après cette défaite, Édouard Balladur a continué à servir en tant que député, présidant même la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale à partir de 2002. En 2006, à 77 ans, il a annoncé son retrait de la vie politique active, bien qu’il ait été ensuite rattrapé par des affaires judiciaires. Il a été mis en examen en 2017 dans le cadre de l’affaire Karachi, où il était soupçonné d’avoir profité de rétrocommissions sur des contrats d’armement. Finalement relaxé en 2021, il a vu son ancien ministre de la Défense, François Léotard, condamné à deux ans de prison avec sursis pour son rôle dans cette affaire.
Édouard Balladur laisse derrière lui un héritage complexe, marqué par des succès, des échecs et des controverses. Son parcours illustre les tumultes de la vie politique française et le passage d’une époque à une autre.