La question du passé nucléaire de la Syrie resurgit avec force. Le mardi 10 octobre 2023, à Damas, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, a révélé la présence de « quelques tonnes de matières nucléaires » sur un site non déclaré. Cette annonce fait suite à une déclaration des autorités syriennes faite en juillet dernier, qui a conduit à l’envoi d’inspecteurs de l’agence sur place pour prélever des échantillons.
EN BREF
- Rafael Grossi a annoncé la découverte de matières nucléaires en Syrie.
- Le ministre syrien a confirmé la déclaration des matières sur un site non déclaré.
- Les matières resteront en Syrie, sous supervision de l’AIEA.
Le site en question remonte à l’ère du régime d’Assad. Le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad al-Chaibani, a précisé que la Syrie avait informé l’AIEA de la présence de ces matières nucléaires, considérant cette démarche comme un acte de transparence. Rafael Grossi a salué ce qu’il a qualifié de « décision courageuse » de la part de Damas.
Dans ses déclarations, Grossi a souligné que « quelques tonnes de matières nucléaires susceptibles d’être utilisées à mauvais escient » avaient été identifiées. Néanmoins, Assaad al-Chaibani a assuré que des « évaluations techniques » avaient conclu que ces matières ne présentaient aucun risque pour la sécurité. Un accord a été trouvé pour que ces matières demeurent en Syrie, avec une supervision par l’AIEA et une coopération entre experts syriens et internationaux pour leur stockage sécurisé.
Parallèlement, Rafael Grossi a visité la région de Deir Ezzor, dans l’est du pays, où se trouve un site qui a été fermé pendant 18 ans. Ce site avait été la cible d’un bombardement israélien en 2007, visant un réacteur nucléaire en construction. En 2011, l’AIEA avait qualifié ce site de « très probablement » un réacteur construit avec l’aide de la Corée du Nord. Des particules d’uranium y avaient été détectées lors d’une inspection en 2024.
L’origine des matières récemment déclarées demeure incertaine. Pierre Razoux, directeur académique de la Fondation pour la Maîtrise des Enjeux Stratégiques, a émis l’hypothèse que ces matières pourraient être liées au programme nucléaire syrien qui avait été interrompu en 2007 suite au raid israélien. Toutefois, il n’écarte pas la possibilité qu’elles proviennent d’un stock irakien abandonné dans les années 2000.
À Deir Ezzor, Grossi a indiqué que « des travaux approfondis d’excavation et d’exploration sont actuellement en cours ». Sa visite coïncide avec des informations rapportées par Axios, selon lesquelles un accord aurait été établi entre Washington et l’AIEA concernant des matières nucléaires stockées sur un site clandestin syrien. Ce rapport évoque également la surveillance par Israël d’un lieu désigné « Site 99 », identifié comme un ancien site de stockage lié au programme nucléaire de Deir Ezzor.
Les implications de cette découverte sont multiples et soulèvent des questions cruciales sur la sécurité régionale et la gestion des matières nucléaires en Syrie. Avec la coopération annoncée entre la Syrie et l’AIEA, l’avenir de ces matières et leur impact sur la stabilité de la région restent à observer de près.