Les aliments ultra-transformés, omniprésents dans notre quotidien, suscitent de plus en plus d’inquiétudes. Leur impact sur la santé est bien documenté, mais une récente étude lève le voile sur un aspect moins exploré : leur potentiel addictif, comparable à celui du tabac. Ces aliments, qui incluent des produits comme les plats industriels et les snacks, sont conçus pour séduire et inciter à la consommation excessive.
EN BREF
- Des chercheurs établissent un parallèle entre l’addiction aux aliments ultra-transformés et celle au tabac.
- Les pratiques de marketing de ces aliments ressemblent à celles qui ont été utilisées pour le tabac.
- Des recommandations politiques visent à réduire leur consommation, notamment par un étiquetage clair et des restrictions publicitaires.
Les aliments ultra-transformés, tels que les nuggets, les cordons bleus ou encore les nouilles instantanées, sont créés grâce à des procédés de transformation qui modifient leur composition en ajoutant arômes et additifs. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) souligne que ces produits sont spécifiquement conçus pour être à la fois pratiques et appétissants.
Les effets nocifs de ces aliments sur la santé ne sont plus à prouver. Ils sont associés à une augmentation des risques de maladies chroniques telles que l’obésité, le diabète et les maladies cardiovasculaires. Cependant, une nouvelle étude vient apporter une lumière différente sur ces aliments, en suggérant qu’ils pourraient également créer une dépendance semblable à celle du tabac. Les résultats de cette recherche ont été publiés dans la revue The Milbank Quarterly.
Menée par des scientifiques américains, l’étude s’est appuyée sur des données issues de la science de l’addiction, de la nutrition et de l’histoire de la santé publique. Les chercheurs ont voulu comprendre comment les méthodes de conception, de marketing et de distribution des aliments ultra-transformés ressemblent à celles des produits du tabac. Ils notent que ces systèmes de consommation sont “hautement sophistiqués” et “conçus spécifiquement pour encourager la surconsommation”.
Les résultats mettent en avant des stratégies marketing similaires pour rendre ces produits attrayants et influencer la perception du public. Cela comprend des techniques destinées à « accélérer la délivrance du plaisir », ce qui contribue à l’augmentation des coûts liés aux soins de santé et à la prévalence des maladies.
Ashley Gearhardt, principale auteure de l’étude et professeure de psychologie clinique à l’université du Michigan, a souligné que la difficulté à résister à une collation peut s’expliquer par la manière dont ces produits sont conçus. “Comprendre comment ces produits sont élaborés et qui en bénéficie est essentiel pour lutter contre cette habitude”, a-t-elle déclaré.
Les chercheurs rappellent également que, tout comme les cigarettes étaient autrefois omniprésentes et considérées comme un symbole de modernité, les aliments ultra-transformés ont pris une place prépondérante dans notre alimentation. Cela souligne la nécessité d’une approche similaire à celle des campagnes de santé publique qui ont permis de diminuer la consommation de tabac.
Pour contrer cette tendance, les chercheurs recommandent de mettre en place des politiques de santé publique, telles que l’étiquetage clair des produits, l’instauration de taxes sur les aliments ultra-transformés, ainsi que des restrictions sur leur publicité. Il est également suggéré de réduire leur disponibilité dans les écoles et les hôpitaux.
“Traiter les aliments ultra-transformés avec le même sérieux que le tabac, tout en promouvant les aliments naturels, pourrait constituer la solution la plus prometteuse pour faire face à cette crise de santé publique”, concluent les chercheurs.