Le nouveau dispositif d’accompagnement des victimes mineures de violences sexuelles, récemment présenté par l’Église catholique, suscite une vive indignation. Plusieurs collectifs de victimes et professionnels de l’accompagnement, dans une tribune publiée jeudi dans le journal La Croix, estiment qu’il constitue un « profond recul » dans la prise en charge des victimes. Selon eux, ce dispositif, nommé « Renaître », ne répond pas aux besoins réels des personnes concernées et risque de raviver des traumatismes.
EN BREF
- Le dispositif « Renaître » est critiqué pour son insuffisance face aux besoins des victimes.
- Les collectifs dénoncent le manque de compétences des diocèses pour accompagner les victimes.
- La nouvelle approche pourrait engendrer une victimisation secondaire.
Ce dispositif, qui remplacera l’instance nationale indépendante de réparation (Inirr) créée en 2021, doit entrer en vigueur en septembre prochain. Les victimes pourront s’adresser à des cellules d’écoute au sein des diocèses, qui les orienteront vers un réseau d’accompagnants. Toutefois, de nombreux acteurs du secteur estiment que cette approche constitue un retour en arrière. « Nous assistons aujourd’hui à un réel retour en arrière », déclare Mélanie Debrabant, présidente de l’association Fraternité Victimes.
Les signataires de la tribune soulignent que l’accompagnement des victimes nécessite des compétences spécifiques, que la plupart des diocèses ne peuvent pas garantir. De plus, le fait de demander aux victimes de s’adresser à une cellule dépendante d’un évêque ne peut pas offrir un cadre sécurisant. « Cela pourrait mener à une nouvelle violence pour les victimes », ajoutent-ils.
Les collectifs mettent également en garde contre le nom choisi pour ce dispositif, « Renaître », qu’ils jugent « dangereux ». Selon eux, cette appellation pourrait laisser croire que la réparation efface toute blessure, ce qui serait trompeur et potentiellement nuisible pour les victimes. Ils interpellent les évêques, leur rappelant que leur choix pourrait avoir des conséquences graves sur le parcours de reconnaissance et de réparation des victimes.
Le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) de 2021 avait révélé l’ampleur du problème, estimant à 330 000 le nombre de mineurs ayant souffert de violences sexuelles au sein de l’Église depuis 1950. L’Inirr, durant ses quatre années d’existence, avait reçu 1 789 demandes, mais les critiques se multiplient quant à l’efficacité et à la pertinence du nouveau dispositif proposé par l’Église.
Ce contexte soulève des questions essentielles sur la manière dont l’Église se positionne face à ses responsabilités envers les victimes. La mise en place de ce nouveau dispositif sera scrutée de près par les collectifs de victimes et les professionnels de l’accompagnement, qui attendent des réponses concrètes et adaptées à leurs besoins réels. La transition de l’Inirr vers « Renaître » n’est pas seulement une question administrative, mais un enjeu vital pour la dignité et la reconnaissance des victimes.
Alors que le débat se poursuit, les évêques se retrouvent face à un défi majeur : prouver que leur engagement pour l’accompagnement des victimes est authentique et réellement efficace. Le chemin vers la réconciliation et la réparation est semé d’embûches, et les attentes des victimes demeurent élevées.