Des femmes dénoncent des troubles menstruels après des manifestations en France

Dans le contexte des récentes manifestations en France, des milliers de femmes font état de troubles menstruels qu’elles attribuent à leur exposition au gaz lacrymogène. Bien que ce phénomène soulève des préoccupations, la communauté scientifique reste prudente quant à l’établissement d’un lien direct entre ces symptômes et l’usage de ces substances.

EN BREF

  • Des milliers de femmes rapportent des troubles menstruels après exposition au gaz lacrymogène.
  • Le collectif « Lacrymos de sang » a recueilli plus de 8 000 témoignages.
  • Les professionnels de santé appellent à la prudence et soulignent un contexte multifactoriel.

Le 17 octobre, lors d’une journée marquée par des mobilisations sociales à travers le pays, des violences ont éclaté, entraînant un usage massif de gaz lacrymogène. Amina, une Parisienne de 39 ans, témoigne avoir ressenti des symptômes alarmants : des nausées, une migraine intense, suivies de crampes menstruelles très douloureuses. « Ça ne m’arrive jamais d’avoir de si fortes douleurs », déclare-t-elle à l’AFP. Ce récit est loin d’être isolé.

Le collectif « Lacrymos de sang », fondé le 8 octobre, a pour objectif de sensibiliser sur les risques d’exposition aux gaz lacrymogènes. Il a déjà recueilli plus de 8 000 témoignages de femmes rapportant des crampes utérines, des douleurs ovariennes et des saignements anormaux. Eva-Luna Tholance, militante pour la justice reproductive et fondatrice du collectif, insiste sur l’importance d’interpeller les autorités et la communauté scientifique face à ce sujet encore peu étudié.

Le gaz lacrymogène utilisé en France, principalement composé de 2-chlorobenzylidène malononitrile (CS), est connu pour ses effets irritants. Cependant, les recherches menées ces dernières années, notamment au Chili et à Bahreïn, laissent entrevoir des possibles effets sur la santé reproductive. Alexander Samuel, biologiste moléculaire, évoque des effets indésirables potentiels du CS, suggérant qu’il pourrait se dégrader en cyanure et causer des perturbations menstruelles.

Malgré ces inquiétudes, la plupart des données sur le sujet reposent sur des témoignages parfois isolés. Aux États-Unis, des études ont révélé que plus de la moitié des femmes exposées aux gaz lacrymogènes durant les manifestations de 2020 avaient signalé des troubles gynécologiques. Toutefois, ces résultats nécessitent une prudence accrue quant à leur interprétation.

Les réactions au sein de la communauté médicale sont variées. Isabelle Derrendinger, présidente du Conseil national de l’Ordre des sages-femmes, évoque un contexte « multifactoriel et hautement anxiogène », qui pourrait expliquer les troubles signalés. D’autres, comme le Dr Jérôme Langrand, soulignent que le stress et l’anxiété peuvent également perturber le cycle menstruel. Sophia Rakrouki, sage-femme, appelle à ne pas minimiser les expériences des femmes et à encourager davantage de recherches sur ce sujet.

Face à cette situation, la députée Mathilde Hignet (La France insoumise) a interpellé le gouvernement pour interdire l’utilisation des gaz lacrymogènes, plaidant pour un principe de précaution. « La protection de la santé publique impose de ne pas attendre que l’ensemble des effets nocifs de ces substances soit définitivement établi pour agir », soutient-elle.

Les témoignages de femmes, bien que non encore confirmés scientifiquement, mettent en lumière un besoin urgent de recherche sur les effets des agents chimiques utilisés lors des manifestations. Les autorités doivent prendre en compte ces préoccupations et agir pour garantir la sécurité des citoyennes.