Alors que l’Europe renforce ses restrictions sur les pesticides, les États-Unis voient l’approbation de nouvelles substances qui suscitent des inquiétudes parmi les scientifiques et les associations environnementales. Ces nouveaux pesticides, bien que jugés nécessaires pour la sécurité alimentaire par l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA), sont accusés de masquer des polluants éternels connus sous le nom de PFAS.
EN BREF
- Cinq nouveaux pesticides autorisés aux États-Unis inquiètent des experts en environnement.
- Des preuves suggèrent que ces substances pourraient être des PFAS, polluants éternels.
- Des liens entre l’industrie des pesticides et les régulateurs sont dénoncés par les ONG.
Les PFAS, ou substances per- et polyfluoroalkyles, sont des composés chimiques synthétiques réputés pour leur durabilité. Ils sont présents dans une multitude de produits du quotidien, allant des vêtements imperméables aux ustensiles de cuisine antiadhésifs. Leur définition varie cependant, ce qui complique le débat sur leur présence dans les pesticides récemment approuvés.
Les cinq substances récemment validées par l’EPA ne respectent pas la définition des PFAS adoptée par plusieurs États américains et par l’OCDE en 2021. Pourtant, de nombreux experts affirment qu’elles partagent des caractéristiques avec ces polluants éternels. La résistance des PFAS à la dégradation soulève des préoccupations quant à leur impact sur la santé humaine et l’environnement.
Un cadre réglementaire contesté
La définition adoptée par l’EPA, plus restrictive, a été mise en place sous le mandat de Joe Biden. Ce changement a conduit à l’approbation d’un seul pesticide pendant son administration, contre cinq depuis le retour de Donald Trump. L’EPA justifie ces autorisations en mettant en avant que ces pesticides sont utilisés dans d’autres pays, tout en étant essentiels pour la sécurité alimentaire.
Cependant, des scientifiques et des défenseurs de l’environnement alertent sur les risques potentiels, notamment un effet cancérigène reconnu par l’EPA lors de l’évaluation du trifludimoxazin, un herbicide récemment autorisé. Nathan Donley, représentant de l’association Center for Biological Diversity, dénonce une situation alarmante, soulignant que ces questions ont été négligées par les gouvernements successifs.
Des résidus préoccupants
Des analyses menées par l’ONG Environmental Working Group révèlent que sur dix pêches achetées aux États-Unis, neuf pourraient contenir des résidus de PFAS très toxiques. La dégradation de certains pesticides en une substance connue sous le nom de TFA alimente aussi les préoccupations, car cette dernière est détectée dans l’eau et les sols, impactant ainsi les cultures agricoles et l’alimentation humaine.
Les ONG soulignent des relations étroites entre l’industrie des pesticides et les régulateurs américains. Des documents publics indiquent que Lee Zeldin, le responsable de l’EPA, a modifié la page web de l’agence pour en retirer toute mention d’une définition élargie des PFAS, ceci le même jour où le lobby des pesticides, CropLife America, a publié un document critiquant la réglementation sur ces substances.
Cindy Hu, chercheuse à l’Université George Washington, rappelle les précédents historiques où l’industrie a remplacé des molécules jugées dangereuses par d’autres, souvent tout aussi problématiques. Elle plaide pour un principe de précaution, selon lequel toute nouvelle substance chimique devrait être considérée comme potentiellement dangereuse jusqu’à preuve du contraire.
Ces préoccupations concernant les pesticides récemment approuvés révèlent une tension croissante entre la nécessité de protéger la santé publique et les intérêts économiques de l’industrie. Alors que la lutte contre les PFAS se renforce en Europe, il est essentiel d’être vigilant face à l’évolution de la réglementation américaine. Le débat autour de la sécurité de ces nouvelles substances ne fait que commencer.