Le 27 avril 2026, plusieurs prisons françaises ont été bloquées par des surveillants pénitentiaires afin de dénoncer la grave surpopulation carcérale et les sous-effectifs chroniques qui affectent le système. Ce mouvement, initié par le syndicat Ufap-Unsa, a touché environ 22 % des établissements pénitentiaires, selon le ministère de la Justice, bien que le syndicat revendique une centaine de prisons concernées.
EN BREF
- Des blocages ont eu lieu dans plusieurs prisons françaises le 27 avril.
- Le mouvement demande des mesures d’urgence contre la surpopulation et les sous-effectifs.
- Le syndicat indique que le mouvement ne sera pas reconduit le lendemain.
Les blocages ont principalement eu lieu dans des établissements tels que la prison de la Santé à Paris, Bois-d’Arcy dans les Yvelines, et plusieurs autres à travers la France. Les entrées de ces établissements ont été temporairement fermées, empêchant parfois les extractions de détenus. Dans les Hauts-de-France, 14 des 17 établissements ont été touchés, avec 11 d’entre eux complètement bloqués, a déclaré Thomas Vaugrand, le secrétaire général régional d’Ufap-Unsa.
Les surveillants alertent depuis longtemps sur un système pénitentiaire en crise, avec une surpopulation atteignant des taux alarmants. Par exemple, la maison d’arrêt de Valenciennes compte 380 détenus pour seulement 196 places. Dans ce contexte, Eric Toxé, représentant local d’Ufap-Unsa, a souligné que des établissements comme celui de Rennes-Vezin souffrent d’une surpopulation de 169 %, ainsi que d’un manque de personnel, estimé à une quarantaine d’agents.
Les conditions de vie en prison sont devenues un sujet de préoccupation majeur. Fin janvier, le Conseil de l’Europe avait déjà dénoncé l’état des prisons françaises, considérées comme surpeuplées et souvent insalubres, avec des risques d’évolution vers un « entrepôt humain ». Le taux d’occupation global des prisons était de 137,5 % au 1er mars, avec 87 126 détenus pour moins de 63 500 places disponibles.
Les surveillants font face à des conditions de travail difficiles qui impactent leur capacité à gérer les détenus. « On a moins de temps à consacrer aux détenus, donc il ne faut pas s’étonner qu’il y ait des loupés », a déclaré Stéphane Lecerf, délégué d’Ufap-Unsa, en référence aux répercussions sur les services d’insertion et de probation. Les tensions et les agressions entre détenus sont en augmentation, comme le déplore Ludovic Navarro, représentant syndical à Lyon-Corbas.
La France se classe parmi les pays européens avec les taux de surpopulation carcérale les plus élevés, dépassée uniquement par la Slovénie et Chypre, qui ont des populations carcérales bien inférieures. Parallèlement, Ufap-Unsa dénonce le manque de personnel, avec environ 5 000 postes de surveillants non pourvus. Dominique Simonnot, contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, a également alerté sur les « conditions immondes » des détenus, affirmant que les surveillants sont épuisés par la situation.
Un projet de loi est en préparation pour répondre à la surpopulation, incluant l’élimination des matelas posés au sol dans les cellules, pratique courante en raison du manque de lits. Cependant, aucune date n’a été annoncée pour son dépôt ou son examen. Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a exprimé son opposition à tout dispositif de régulation carcérale, malgré l’augmentation prévue de 3 000 places dans des « prisons modulaires », dont la moitié d’ici 2027.
Bien que le gouvernement se réjouisse d’une hausse des expulsions de détenus étrangers, cette mesure ne résout pas le problème de la surpopulation, comme le soulignent les syndicats. La situation reste donc préoccupante et appelle des solutions urgentes face à une crise qui semble s’intensifier.