Deux associations françaises agissent après l’enquête sur l’académie mondiale du viol

Fin mars, la chaîne d’information CNN a révélé l’existence d’une « académie mondiale du viol ». Ce terme désigne le site pornographique Motherless, où des millions d’hommes visionnent des vidéos de femmes droguées à leur insu, souvent violées par leur partenaire. Cette enquête a mis en lumière une réalité choquante, impliquant des pratiques criminelles qui semblent se normaliser sur certaines plateformes en ligne.

EN BREF

  • Une enquête de CNN évoque un site où des vidéos de viols sont partagées.
  • Deux associations françaises saisissent la justice pour enquêter sur les utilisateurs potentiellement impliqués.
  • Elles appellent à des mesures contre les plateformes diffusant de tels contenus.

Selon les données de CNN, le site Motherless aurait enregistré environ 62 millions de visites dans le seul mois de février. Avec plus de 20 000 vidéos mettant en scène des femmes inconscientes, ce site a suscité une profonde indignation. En plus de la diffusion de ces contenus, certains utilisateurs participent à un groupe Telegram, intitulé « ZZZ », où ils échangent des conseils sur les médicaments à administrer à leurs compagnes pour les violer en toute impunité.

Près d’un an après le procès des viols de Mazan, qui avait abouti à la condamnation de 50 hommes, dont Dominique Pelicot, pour viols et agressions sexuelles sur Gisèle Pelicot, deux associations françaises n’ont pas voulu rester silencieuses. La Fondation des Femmes et l’association M’endors pas, fondée par Caroline Darian, la fille de Gisèle Pelicot, ont décidé d’agir en justice.

Dans un communiqué, que le média 20 Minutes a pu consulter, ces deux associations dénoncent des « crimes organisés » au sein de communautés qui encouragent la violence. Elles demandent l’ouverture d’une enquête préliminaire, soulignant qu’il est « hautement probable » que des utilisateurs français soient impliqués et que des victimes en France soient concernées.

En parallèle, elles réclament également l’intervention de l’Arcom, le gendarme de l’audiovisuel, ainsi que de Pharos, le portail de signalement des contenus illicites sur internet. Leur objectif est de mettre en place des mesures de blocage et de déréférencement de Motherless et d’autres sites similaires, qui diffusent des vidéos de viols sous soumission chimique.

Parmi les sites que ces associations souhaitent voir fermés, figure également Coco, qui a récemment refait surface en étant hébergé sur des serveurs en Australie. Ce site, fermé en juin 2024, avait été cité dans près de 23 000 affaires pénales et avait joué un rôle central dans l’affaire des viols de Mazan.

Dénonçant l’inefficacité du cadre législatif actuel, la Fondation des Femmes et M’endors pas estiment qu’une réforme complète contre les violences sexistes et sexuelles est indispensable. Elles affirment que seule une telle loi permettra de renforcer les moyens d’enquête face aux réseaux numériques et d’organiser une réponse coordonnée entre la justice, la santé et le numérique.

Lorraine Questiaux, avocate à la Fondation des Femmes, a déclaré :

« Il va falloir davantage responsabiliser les plateformes, car la dérive aujourd’hui n’est plus l’exception, c’est devenu la norme. Ce système formate des êtres humains qui adhèrent à des normes antisociales et sexistes. Il va falloir que les États réagissent. Nous voulons une régulation beaucoup plus sévère. »

Cette situation met en lumière un problème alarmant, où des communautés en ligne semblent se former autour de pratiques inacceptables. Les associations françaises espèrent que leur action contribuera à l’émergence d’une prise de conscience collective et à des changements concrets pour protéger les victimes.