Deux rappeurs mis en examen dans l’opération anti-DZ Mafia à Marseille

Une vaste opération menée contre la DZ Mafia a débouché sur la mise en examen de 26 personnes, dont deux rappeurs, Dika et KITKVT. Cette enquête, qui s’est intensifiée depuis le début de l’année 2024, vise à démanteler ce groupe criminel, décrit par le procureur de Marseille, Nicolas Bessone, comme étant bien plus qu’une simple construction policière ou médiatique.

EN BREF

  • 26 personnes mises en examen après un coup de filet contre la DZ Mafia.
  • Les rappeurs Dika et KITKVT sont parmi les personnes arrêtées.
  • Des saisies d’une valeur de 4 millions d’euros ont été effectuées.

Le procureur a annoncé que cette opération, impliquant près de 900 gendarmes, a pour but de frapper au cœur de la DZ Mafia, un groupe criminel qui domine le marché de la drogue à Marseille et qui s’est étendu bien au-delà des frontières de la ville. Dika, un rappeur affilié au label indépendant 13e Art, a gagné en notoriété grâce à ses collaborations avec des artistes français populaires comme Jul et Naps. Cependant, il est maintenant mis en cause dans une affaire de blanchiment d’argent lié au narcotrafic.

Selon les enquêteurs, son label, Youleuh Records, créé en 2024, aurait été utilisé pour masquer les revenus générés par des activités illégales. Décrit comme un personnage discret, Dika a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire, tandis que son collègue KITKVT, dont l’identité a été révélée lors d’une conférence de presse, a été placé en détention provisoire.

KITKVT, originaire des quartiers nord de Marseille, a vu ses premières musiques publiées sur les plateformes de streaming en 2025. Son implication dans cette affaire soulève des inquiétudes quant à l’emprise croissante des réseaux criminels sur le milieu du rap. Paul Deustchmann, journaliste et auteur d’une enquête sur les liens entre le rap et le trafic de drogue, souligne que le succès des rappeurs attire souvent des groupes criminels qui cherchent à tirer profit de leur notoriété.

Cette opération a également mis en lumière une « véritable féminisation du narcobanditisme », avec neuf femmes parmi les personnes mises en examen. Le procureur a insisté sur le fait que 20 des personnes arrêtées sont originaires de Marseille, confirmant ainsi la nature locale de cette organisation criminelle. Parmi elles, cinq individus, dont les trois chefs présumés du clan, étaient déjà en détention, ce qui témoigne de l’enracinement de la DZ Mafia dans la région.

Les forces de l’ordre ont réalisé des saisies impressionnantes, évaluées à 4 millions d’euros, incluant des cryptomonnaies, des biens immobiliers, des véhicules et des objets de luxe. Cette opération vise à combattre la corruption qui pourrait découler des ressources financières considérables dont dispose la DZ Mafia. Un avocat a d’ailleurs été arrêté, soupçonné d’avoir facilité la communication d’un chef présumé du groupe criminel avec l’extérieur, contournant ainsi les mesures de sécurité en place dans les prisons de haute sécurité.

Le nom de la DZ Mafia, faisant référence à l’Algérie, est devenu emblématique du climat de violence qui a frappé Marseille, notamment lors des affrontements avec le clan Yoda en 2023. Actuellement, la région semble jouir d’un calme relatif, en grande partie dû à la domination de ce groupe sur le marché de la drogue. Cependant, ses activités se sont diversifiées, englobant également des extorsions de commerces, ce qui soulève des questions sur les conséquences à long terme de cette emprise criminelle sur la société.

Les arrestations récentes viennent rappeler que le phénomène de porosité entre le monde du rap et le crime organisé est une réalité qui mérite une attention soutenue des autorités et de la société. Les acteurs engagés dans cette lutte contre le narcotrafic devront redoubler d’efforts pour contrer l’influence de la DZ Mafia et protéger le milieu artistique des dérives liées à la criminalité.