Édouard Durand dénonce le déni persistant des violences sexuelles faites aux enfants

Chaque année, en France, un enfant subit des violences sexuelles toutes les trois minutes. Ce constat alarmant a été mis en lumière par Édouard Durand, juge des enfants et ancien président de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), lors de son intervention sur France Inter ce lundi 8 juin. Il a appelé à une prise de conscience collective pour sortir du déni qui entoure ce fléau.

EN BREF

  • Chaque année, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles en France.
  • 92 % des enfants qui se manifestent ne reçoivent pas de soutien adéquat.
  • Édouard Durand appelle à changer les mentalités et à protéger les victimes.

Durant son mandat à la Ciivise, Édouard Durand a recueilli près de 30 000 témoignages de victimes. Il a souligné que la société ne prend pas suffisamment au sérieux les déclarations des enfants victimes de violences. Dans 92 % des cas, ceux-ci ne reçoivent pas de soutien positif, étant souvent soit mis en doute, soit laissés sans protection. Ce déni est particulièrement préoccupant dans les institutions sociales, éducatives et judiciaires.

Lors de son intervention, il a évoqué l’affaire de Lyhanna, marquée par le fait que le principal suspect, Jerome B., avait déjà fait l’objet de plusieurs signalements pour des actes similaires. Édouard Durand a déclaré que cette affaire illustre bien la puissance du déni qui persiste dans notre société. Il a précisé que ce déni prend des formes variées, allant des assertions du type « ça ne peut pas exister » à des excuses invoquant l’impossibilité d’agir.

« J’invite chacun à s’interroger à ce sujet. Le déni du viol des enfants est l’un des dénis les plus puissants, les plus anciens et les plus structurants de notre monde », a-t-il déclaré. À travers son expérience, Durand a identifié plusieurs obstacles à la prise en charge des victimes. Il a notamment pointé du doigt les principes de droit qui, au lieu de protéger, servent parfois de couverture à des pédocriminels.

Il a également soulevé la question de la présomption d’innocence, un principe fondamental qui, selon lui, ne devrait pas constituer une excuse pour créer un système d’impunité pour les agresseurs. « Comment expliquer que plus des deux tiers des plaintes soient classées sans suite au motif que l’infraction est insuffisamment caractérisée ? » a-t-il insisté.

Édouard Durand a plaidé pour une révision des pratiques judiciaires afin de garantir la protection des enfants qui osent dénoncer des violences. « Nous ne pouvons pas nous cacher derrière ces principes pour dire que nous ne pouvons pas protéger », a-t-il insisté, appelant à une réflexion approfondie sur la manière de concilier respect du droit français et protection effective des victimes.

Cette question est d’une actualité brûlante, d’autant plus que 160 000 enfants sont concernés chaque année par ces violences en France. Le magistrat a invité la société à un changement de mentalité, à faire preuve d’empathie et à tendre la main aux victimes pour leur offrir le soutien dont elles ont besoin.