À l’approche des élections législatives hongroises, prévues ce dimanche, le Premier ministre Viktor Orbán a mis en place une campagne publicitaire sans précédent. En effet, des affiches géantes de Volodymyr Zelensky, le président ukrainien, envahissent les routes reliant l’aéroport à Budapest. Ce phénomène dépasse les simples slogans de campagne et soulève des interrogations sur les stratégies politiques utilisées dans ce contexte électoral tendu.
EN BREF
- Des affiches de Zelensky envahissent la Hongrie avant les élections législatives.
- Orbán utilise l’Ukraine comme bouc émissaire pour galvaniser son électorat.
- Des tensions croissantes se font sentir parmi la communauté ukrainienne en Hongrie.
La campagne d’Orbán ne se contente pas de cibler Zelensky, mais elle s’attaque également à son principal rival, Péter Magyar. Les affiches, qui insinuent que voter Fidesz signifie s’opposer à cet « ennemi », alimentent un climat de peur et de division. Une habitante de Budapest, Tanya, a remarqué que sur dix publicités, huit étaient consacrées à la campagne du Fidesz, illustrant ainsi l’ampleur de cette stratégie.
Selon Miklós Ligeti, directeur juridique de Transparency International Hungary, près de 31 000 espaces publicitaires sont disponibles dans le pays. En période normale, environ la moitié de ces emplacements restent vides. Actuellement, environ 16 000 d’entre eux sont utilisés pour des campagnes politiques, avec une augmentation de 50 % des affiches du Fidesz par rapport à 2022. Cette saturation vise à renforcer l’image d’un Orbán protecteur face à des menaces extérieures.
Daryna, une Ukrainienne vivant en Hongrie depuis quinze ans, a constaté que cette stratégie n’était pas nouvelle. « L’ennemi a d’abord été présenté comme le migrant terroriste, puis George Soros, et maintenant c’est Zelensky », explique-t-elle en riant nerveusement. Ce changement d’ennemi national, selon elle, montre une continuité dans la rhétorique du gouvernement d’Orbán.
Les récentes élections surviennent alors que Fidesz est en déclin dans les sondages, avec 39 % des intentions de vote contre 49 % pour son adversaire. Orbán tente de rassurer son électorat en affirmant que choisir Fidesz c’est éviter de s’engager dans le conflit entre l’Ukraine et la Russie. Son slogan, « Unissons-nous contre la guerre », résonne particulièrement dans un pays où la peur d’un conflit armé est palpable.
Ce discours, bien que jugé absurde par certains habitants de Budapest, trouve un écho dans les campagnes où les habitants sont davantage réceptifs à cette propagande. Judit Ignácz, membre du Centre européen pour les droits des populations rom, évoque des réactions d’anxiété chez les enfants face à la peur d’une mobilisation militaire.
Malgré la proximité géographique avec l’Ukraine, la Hongrie a accueilli peu de réfugiés ukrainiens. En décembre 2025, seulement 65 000 réfugiés étaient enregistrés, un chiffre inférieur à celui de la France. Cela soulève des questions sur l’hospitalité du pays envers ses voisins en crise.
Daryna témoigne de sa propre expérience, où elle a parfois ressenti des discriminations en tant qu’Ukrainienne. Des échanges sur des plateformes de vente en ligne lui ont révélé des sentiments hostiles envers les Ukrainiens, qui sont perçus comme ingrats. Son compagnon, Mykhailo, a également vécu des moments de tension lorsqu’il a mentionné ses origines lors de conversations, recevant des discours de propagande sur le gouvernement ukrainien.
Chaque jour, Daryna et Mykhailo se réveillent avec l’angoisse de ne pas avoir de nouvelles de leurs proches restés en Ukraine, une situation qui pèse lourdement sur leur quotidien. Mykhailo évoque la difficulté de vivre en Hongrie tout en étant lié à un conflit qui menace la vie de ses proches. L’angoisse et le sentiment d’impuissance sont omniprésents, alors qu’ils naviguent entre la vie normale et la réalité tragique de la guerre.
Dans ce climat de tension, la campagne d’Orbán pourrait bien avoir des conséquences durables sur la perception des Ukrainiens en Hongrie et sur l’avenir politique du pays. Le choix des électeurs ce dimanche déterminera si ce discours de division continuera à prospérer ou s’il sera remis en question par l’électorat.