En Russie, les traces de la guerre en Ukraine s’inscrivent de plus en plus dans le paysage, des monuments aux cimetières. Les pertes humaines deviennent visibles, mais la réaction de la société reste limitée.
EN BREF
- Des monuments commémoratifs apparaissent en Russie pour honorer les soldats morts en Ukraine.
- À Domodedovo, 151 noms de soldats sont inscrits sur un monument inauguré en 2025.
- Les familles endeuillées commencent à faire entendre leur douleur dans un contexte de guerre prolongée.
À Domodedovo, une ville de la grande banlieue de Moscou, un monument a été érigé en mémoire des soldats russes morts en Ukraine. Inauguré en septembre 2025, il représente un drone et son opérateur, aux côtés de deux autres soldats. Ce monument, rare en Russie, porte initialement les noms de 107 soldats, mais le bilan a vite été révisé à 151 morts, témoignant de l’ampleur tragique du conflit.
Les monuments tels que celui de Domodedovo, bien que peu fréquents, commencent à fleurir dans d’autres villes et villages de Russie. À mesure que la guerre s’intensifie, les commémorations des soldats tombés au combat prennent une place grandissante, aux côtés des plaques dédiées aux victimes des guerres précédentes, comme celles d’Afghanistan ou de Tchétchénie.
Les réseaux sociaux jouent un rôle clé dans la diffusion de ces témoignages, avec des photos qui montrent la réalité brutale d’un conflit qui a déjà engendré près de deux millions de victimes des deux côtés. Les statistiques, notamment dans la région de Moscou, où la population est moins impliquée dans le service militaire, soulignent l’inquiétude croissante face à la guerre en Ukraine.
Le 23 février, jour du « Défenseur de la patrie », revêt une signification particulière pour les familles touchées par la guerre. Ce jour-là, Vladimir, un père en deuil, se rend avec sa femme et sa fille au monument pour rendre hommage à son fils. « Nous sommes venus en mémoire de notre fils », confie-t-il, les larmes aux yeux. « Il avait 23 ans, il faisait son service militaire et il a signé un contrat pour partir là-bas. Il est mort au bout de six mois. »
Cette déclaration résonne comme un écho des souffrances endurées par de nombreuses familles à travers le pays. Si la guerre en Ukraine est souvent présentée comme une opération militaire spéciale, la douleur des pertes humaines est bien réelle et se manifeste progressivement dans la société russe. La commémoration des soldats morts au combat pourrait bien être le début d’une prise de conscience plus large des conséquences de cette guerre.
Alors que les monuments aux morts se multiplient, le défi pour la Russie sera de gérer ces nouvelles réalités face à une population qui, jusque-là, a souvent été écartée des discussions sur les pertes humaines. La guerre laisse des cicatrices non seulement sur le champ de bataille, mais aussi dans le cœur des familles et des communautés.
Les mois et les années à venir pourraient voir une évolution des mentalités, alors que les familles commencent à revendiquer leur droit à la mémoire et à la reconnaissance. Dans un contexte de conflit prolongé, ces monuments ne sont pas seulement des hommages ; ils peuvent également devenir des symboles d’une lutte pour la justice et la compréhension des sacrifices consentis par tant de jeunes hommes et femmes.