Depuis le début de l’année, les affaires d’enlèvements dans le secteur des cryptomonnaies sont devenues une priorité pour les enquêteurs spécialisés dans la lutte contre la criminalité organisée. Des liens suspectés entre plusieurs affaires incitent la justice à examiner la possibilité d’une « même entreprise criminelle » derrière ces actes violents.
EN BREF
- Trois affaires d’enlèvements regroupées dans une enquête unique par une juge d’instruction.
- 45 personnes mises en examen dans le cadre de cette enquête sur les violences liées aux cryptomonnaies.
- Augmentation des attaques contre les détenteurs de cryptomonnaies observée ces derniers mois.
Le 27 mars, une juge d’instruction a décidé de regrouper trois affaires distinctes d’enlèvements survenues en mai 2025. Après un an d’enquête, elle soupçonne un même réseau criminel derrière ces actes, caractérisés par un modus operandi similaire, un choix de cibles précis et une organisation professionnelle. Les détails de ces affaires ont marqué les esprits, notamment par leur brutalité.
Parmi les cas les plus marquants, on trouve l’enlèvement du père d’un homme ayant fait fortune dans les cryptomonnaies, en plein Paris, le 1er mai. Ce dernier a subi des violences physiques, y compris la mutilation d’un doigt, dans le cadre d’un ultimatum de rançon s’élevant à plusieurs millions d’euros en cryptomonnaies. Moins de deux semaines plus tard, un autre incident a eu lieu où des individus masqués ont tenté d’enlever la fille et le petit-fils du PDG de Paymium, Pierre Noizat. Fort heureusement, les victimes ont réussi à échapper à leurs ravisseurs.
Le 26 mai, une tentative d’enlèvement d’une famille gérant une société de cryptomonnaies à Couëron a également été déjouée grâce à l’intervention rapide des forces de l’ordre. Les enquêteurs ont rapidement établi des liens entre ces affaires, notamment grâce à des éléments découverts lors des investigations sur le 13 mai, qui ont permis d’éviter le kidnapping de la famille de Couëron.
Romain Chilly, avocat des parties civiles dans les affaires des 1er et 13 mai, a exprimé son soutien à la centralisation de ces procédures. Il souligne que cela pourrait faciliter la compréhension de la chaîne de commandement derrière ces actes violents. Toutefois, il appelle à une avancée rapide des investigations, dans un contexte où les agressions envers les détenteurs de cryptomonnaies continuent d’augmenter.
La montée des actes criminels dans ce secteur est manifeste : en janvier, le nouveau parquet anti-criminalité organisée (Pnaco) a annoncé avoir pris en charge six cas d’enlèvements ou de séquestrations survenus entre mi-décembre et mi-janvier dans diverses régions. Des enquêtes récentes ont conduit à la mise en examen de quatre personnes soupçonnées d’être impliquées dans l’enlèvement de parents d’un propriétaire de cryptomonnaies à Sallanches, kidnappés à leur domicile en janvier.
Les victimes, retrouvées peu après, présentaient des signes de maltraitance physique, avec des blessures visibles. L’un des suspects, Kassim G., est également lié à la séquestration d’une magistrate grenobloise, dont le compagnon est associé à une start-up dans le domaine des cryptomonnaies. Ce qui soulève la question d’un éventuel commanditaire commun sur ces affaires.
Les avocats des suspects réagissent avec inquiétude à la situation. Eliott Amzallag, représentant Kassim G., évoque la manipulation de jeunes en situation de vulnérabilité par des donneurs d’ordres, qui les poussent à commettre des actes violents avant de les abandonner face à la justice. De son côté, Baptiste Bellet, avocat d’une suspecte, dénonce des pressions exercées sur sa cliente, contrainte d’héberger des individus lourdement armés. « Elle n’avait aucun autre choix », insiste-t-il, pointant du doigt la violence de la situation.
Ces affaires soulignent la nécessité d’une réponse judiciaire efficace face à la montée de la criminalité organisée liée aux cryptomonnaies. Les enquêteurs continuent de suivre ces pistes, déterminés à identifier et à traduire en justice les responsables de ces actes inacceptables.