Dans un contexte où la protection des droits humains est devenue une préoccupation mondiale, un rapport d’Amnesty International, publié ce jeudi, met en lumière les pratiques alarmantes de surveillance mises en œuvre par les services de renseignement marocains. Ce document de 121 pages expose un arsenal sophistiqué destiné à espionner, discréditer et poursuivre les défenseurs des droits humains, y compris sur le territoire français.
EN BREF
- Amnesty International dénonce un système de surveillance marocain visant les militants et journalistes.
- Des méthodes variées, y compris l’utilisation du logiciel Pegasus, ont été identifiées.
- Le rapport mentionne également des cibles en France, dont le numéro d’Emmanuel Macron.
Le rapport s’ouvre sur un témoignage percutant d’un ancien agent de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), surnommé « Safir ». Cette déclaration, qui donne son titre au rapport, illustre les procédés utilisés : « On commence par le verdict. » Ce constat inquiétant révèle que les autorisations judiciaires pour surveiller les opposants sont parfois établies après la mise en œuvre des écoutes, remettant en cause la légitimité de ces opérations.
Amnesty International s’appuie sur une combinaison de témoignages, de données de ciblage et de documents divulgués pour établir la portée de la surveillance marocaine. En plus de l’utilisation du logiciel Pegasus, développé par le groupe israélien NSO, entre 2017 et 2021, le rapport évoque un dispositif beaucoup plus vaste. Ce dernier inclut d’autres logiciels espions, ainsi que le système Eagle/Cerebro, anciennement géré par la société française Amesys, qui permet une interception massive des communications. Les méthodes de surveillance vont jusqu’à l’utilisation de micros et caméras dissimulés chez les cibles, le recrutement de voisins comme informateurs, et même la vente de téléphones déjà infectés.
Les informations collectées, y compris des données sensibles et des images privées, sont souvent utilisées pour mener des campagnes de diffamation orchestrées par des médias alignés avec le pouvoir. Ces opérations visent particulièrement les militantes et les journalistes qui osent critiquer le régime marocain.
Le rapport d’Amnesty International ne se limite pas au Maroc. Il souligne également l’expansion de ces techniques de surveillance à des personnalités françaises. En mars 2019, le numéro de téléphone du président Emmanuel Macron a été « sélectionné » dans le système marocain, bien que cela ne prouve pas qu’il ait été infecté. En revanche, l’ONG a confirmé l’infection de Claude Mangin, épouse d’un prisonnier sahraoui, ainsi que de l’avocat Joseph Breham. Ces révélations sont corroborées par les expertises de l’Anssi, l’agence française de cybersécurité, qui pointent des comptes d’attaque semblables.
Face à ces accusations, le gouvernement marocain a toujours nié utiliser le logiciel Pegasus pour surveiller des opposants. Il a également intenté une action en diffamation contre Amnesty France et Forbidden Stories, une démarche qui a été abandonnée en 2023. Amnesty appelle le Maroc à mettre fin à la surveillance des militants et à libérer les personnes arrêtées pour des raisons politiques. L’ONG exhorte également les pays exportateurs de technologies de surveillance à suspendre leurs ventes au Maroc, afin de préserver les droits fondamentaux des citoyens.
Alors que les révélations se multiplient, la question de la protection des droits humains dans le monde arabe demeure cruciale. Ce rapport d’Amnesty International met en lumière des pratiques qui, loin d’être isolées, pourraient constituer une tendance inquiétante au sein des régimes en place dans la région. La communauté internationale doit agir pour garantir que ces violations ne restent pas sans réponse.