Financement nucléaire : les épargnants peuvent-ils refuser d’investir via leur livret A ?

En mars dernier, le président Emmanuel Macron a effectué une visite sur le chantier de deux futurs réacteurs nucléaires à Penly, en Seine-Maritime. Lors de cette occasion, il a annoncé la construction d’au moins six nouveaux réacteurs en France, localisés à Penly, Gravelines (Nord) et Bugey (Ain). Ces projets, intégrés dans un programme d’EPR 2, seront financés à hauteur de 60 % par un prêt du Fonds d’épargne de la Caisse des dépôts, ce qui implique que cela provient en partie de l’argent déposé sur les livrets A des épargnants.

EN BREF

  • Le livret A finance en partie le nucléaire en France.
  • 37 % des épargnants s’opposent à ce financement.
  • Aucun moyen actuel de flécher personnellement son épargne.

Le Fonds d’épargne de la Caisse des dépôts gère en effet 59,5 % de l’épargne placée sur les livrets A, les livrets de développement durable et solidaire (LDDS) ainsi que les livrets d’épargne populaire (LEP). À ce jour, les sommes accumulées par ces dispositifs s’élèvent à plus de 406 milliards d’euros. La moitié de cette somme est consacrée à des prêts à long terme pour le logement social ainsi qu’à divers projets liés à la politique de la ville. L’autre partie est investie sur les marchés financiers, incluant des titres de dette, principalement d’État, et des actions de sociétés cotées. En conséquence, un livret A permet effectivement de prêter à l’État français, et une partie de cet argent se retrouve sur les marchés boursiers.

Les investissements émanant du Fonds d’épargne suivent les principes des chartes de la finance responsable de la Caisse des dépôts, lesquelles visent notamment à réduire l’empreinte carbone. C’est dans ce cadre que l’argent déposé sur les livrets A, LDDS et LEP pourra contribuer à la construction de nouveaux réacteurs nucléaires.

Cette perspective soulève des préoccupations parmi certains épargnants. Anne-Marie, une lectrice, a exprimé son désaccord concernant l’affectation de ces fonds à des projets nucléaires, en particulier ceux relevant du LDDS. Elle s’interroge sur les voies possibles pour empêcher que son argent finance de telles initiatives.

Son inquiétude n’est pas isolée. Un sondage réalisé par le site MoneyVox révèle que 37 % des titulaires de livrets A sont opposés à l’idée de voir leur épargne financer le futur parc nucléaire. Cette réticence met en lumière une tension entre les intérêts des épargnants et les choix politiques en matière d’énergie.

Les défenseurs des énergies renouvelables critiquent également le fait que le financement soit exclusivement réservé à une seule technologie. Ils soutiennent que la transition énergétique doit reposer sur une complémentarité entre différentes sources d’énergie. La question se pose alors : pourquoi ne pas diversifier les investissements de manière à répondre aux attentes des épargnants tout en soutenant la transition énergétique ?

Actuellement, il est impossible pour les titulaires de livrets A de décider eux-mêmes de la destination de leur épargne. Toutefois, ce débat pourrait ouvrir la voie à une réflexion plus large sur la possibilité de permettre aux épargnants de choisir où leur argent est investi. Une telle option pourrait transformer la manière dont les Français perçoivent leur épargne et leur rôle dans le financement des infrastructures énergétiques.

À l’heure où les enjeux environnementaux et économiques se croisent, il est légitime que les épargnants s’interrogent sur la destination de leur argent. La transparence et le choix pourraient bien devenir des facteurs déterminants dans la relation entre les citoyens et leurs institutions financières.