Flambée des prix des engrais : l’Europe sous pression après la guerre en Iran

La récente escalade des conflits au Moyen-Orient, en particulier la guerre en Iran, met l’Europe face à un défi majeur. Déjà affectés par les conséquences du conflit en Ukraine, les céréaliers européens se voient maintenant confrontés à une flambée des prix des engrais. Cette situation a suscité des inquiétudes croissantes au sein de la Commission européenne, qui doit faire face à des revendications pressantes des agriculteurs et des États membres.

EN BREF

  • Les prix des engrais azotés en Europe ont augmenté de 20 % en un mois.
  • La guerre en Iran bloque les approvisionnements, notamment par le détroit d’Ormuz.
  • La Commission européenne prépare un plan d’action pour le mois de mai.

La situation est préoccupante, car environ 30 % des engrais mondiaux transitent habituellement par le détroit d’Ormuz. Le blocage de cette voie maritime a entraîné une hausse significative des coûts. Selon des agriculteurs comme Amaury Poncelet, le prix des engrais azotés a bondi de près de 500 euros la tonne, contre 330 euros l’été dernier et 380 euros cet hiver.

Le contexte actuel est décrit par Luc Vernet, du think tank Farm Europe, comme une véritable conjonction de chocs : la guerre en Iran et la volonté de l’Union européenne de réduire sa dépendance aux engrais russes en raison de l’invasion de l’Ukraine. Les agriculteurs, qui dépendent fortement de ces fertilisants pour maintenir des rendements suffisants, se trouvent dans une situation économique alarmante. De plus, la surface des terres cultivées en céréales a diminué d’environ 300 000 hectares en France depuis 2022.

Face à cette crise, la Commission européenne a promis un plan d’action pour les engrais, qui sera présenté en mai. Cependant, les agriculteurs, soutenus par des organisations syndicales, réclament des mesures immédiates. La France, par exemple, a relancé sa demande de suspension de la taxe carbone aux frontières sur les engrais, une mesure mise en place pour décarboner le secteur. Cette option a été clairement exclue par l’exécutif européen lors d’une récente réunion des ministres de l’Agriculture.

Pourtant, la Commission a pris certaines mesures pour alléger la pression sur les agriculteurs. Cela inclut une suppression temporaire des droits de douane sur les engrais, à l’exception de ceux en provenance de Russie et du Bélarus, ainsi qu’une adaptation de la taxe carbone pour en atténuer l’impact. Toutefois, remettre en cause cette taxe pourrait avoir des répercussions sur d’autres secteurs, tels que l’acier et l’électricité, qui sont également soumis à des contraintes environnementales.

Le lobby des producteurs européens d’engrais souligne l’importance stratégique de maintenir une production locale au sein de l’UE. La dépendance aux importations, qui représente actuellement 60 % des engrais consommés en Europe, constitue un risque majeur en période de crise. La Commission européenne assure suivre de près l’évolution des prix tout en mettant en œuvre une stratégie de diversification des approvisionnements et de renforcement de la production locale.

Dans le même temps, des initiatives visant à développer des alternatives décarbonées pour la production d’engrais sont en cours. Cependant, ces projets, tels que la fabrication d’engrais par électrolyse, rencontrent des obstacles financiers et ont souvent été abandonnés. Des techniques de fertilisation utilisant du biométhane sont également explorées, mais ces efforts en sont encore à leurs débuts.

Dans ce contexte tendu, Bruxelles espère éviter une nouvelle mobilisation agricole. La dernière grande manifestation a eu lieu en décembre, lorsque des milliers de tracteurs avaient bloqué le quartier des institutions européennes pour contester un accord de libre-échange avec le Mercosur. La situation actuelle pourrait bien inciter à des actions similaires si les solutions apportées ne répondent pas rapidement aux besoins des agriculteurs.