François Thierry, ex-patron des stups, relaxé dans une affaire de trafic de cannabis à Paris

Le parquet de Bordeaux a requis, lundi, la relaxe de François Thierry, ancien commissaire et ex-patron de l’Office central de répression du trafic illicite de stupéfiants (Ocrtis). Il est jugé pour complicité de trafic dans le cadre d’un dossier lié à l’arrivée de sept tonnes de cannabis à Paris en 2015, un événement qui a profondément bouleversé la lutte antidrogue en France.

EN BREF

  • François Thierry, ex-patron des stups, pourrait être relaxé selon le parquet.
  • Un trafic de sept tonnes de cannabis a été découvert à Paris en 2015.
  • Les débats ont été compliqués par l’absence de l’informateur principal.

Au cours des audiences, le procureur a clairement exprimé ses doutes quant à la responsabilité pénale de Thierry. Bien qu’il reconnaisse une « lourde responsabilité » dans l’échec de l’opération de 2015, il a indiqué ne pas être convaincu de sa complicité dans le trafic. Ce dernier est attribué à Sophiane Hambli, l’indic principal, qui est jugé par défaut et considéré comme le « commanditaire » du transport de la drogue.

Le procureur a demandé une peine maximale de 20 ans de prison pour Hambli, arguant qu’il avait « manipulé » Thierry. « Les mensonges qu’il a servis à François Thierry sont la première preuve que ce dernier ne peut pas en être le complice », a ajouté le représentant du ministère public, soulignant la complexité des relations entre les informateurs et la police dans ce contexte.

Le dossier, qui a été dépaysé à Bordeaux, a connu des rebondissements. Au terme de l’enquête, le parquet avait initialement requis un non-lieu pour Thierry. Cependant, les juges d’instruction ont décidé de le renvoyer devant le tribunal pour complicité de trafic et destruction de preuves. L’ancien policier, âgé de 57 ans, s’est défendu en mettant en avant la stratégie qu’il avait mise en place à l’Ocrtis entre 2010 et 2016, consistant à infiltrer des filières en utilisant des informateurs.

Thierry a reconnu avoir commis des erreurs, mais il a fermement nié avoir voulu dissimuler quoi que ce soit. Face au tribunal, il a déclaré que son informateur avait « arrangé les choses à sa sauce » lors de cette livraison, qui reste entourée de mystères concernant le tonnage exact de la drogue. Les estimations varient entre 12 à 15 tonnes, selon Hambli, et jusqu’à 40 tonnes d’après d’autres sources.

Le procès, qui devrait se conclure le 31 mars, met en lumière les tensions et les défis auxquels fait face la police dans la lutte contre le trafic de stupéfiants. Les débats ont révélé des dysfonctionnements au sein des services, ainsi que des manœuvres parfois douteuses de la part des informateurs, ce qui remet en question l’efficacité des stratégies employées.

Ce dossier retentissant, qui a conduit à des réformes dans la lutte antidrogue en France, soulève également des interrogations sur la gestion des relations entre la police et les informateurs. Le rôle de ces derniers, souvent perçus comme essentiels pour l’infiltration des réseaux criminels, soulève des questions éthiques et juridiques, notamment en ce qui concerne leur fiabilité et les informations qu’ils transmettent.

Les plaidoiries de la défense, qui interviendront à l’issue des réquisitions du parquet, seront cruciales pour déterminer l’issue de ce procès. La décision finale concernant François Thierry pourrait avoir des répercussions importantes sur la perception de la lutte contre le trafic de stupéfiants en France.