Frédéric, 41 ans, exerce le métier de boucher-charcutier salarié dans une enseigne de quartier à Nancy. Chaque jour, il se lève à 6 heures pour travailler six jours par semaine. Fort de dix-huit années d’expérience, il perçoit un salaire net de 2 280 € par mois, une somme qui reflète ses qualifications mais qui reste insuffisante face aux charges mensuelles d’une famille de quatre personnes.
EN BREF
- Frédéric gagne 2 280 € nets par mois après dix-huit ans de métier.
- Ses dépenses mensuelles fixes atteignent 1 434 €, soit 63 % de son salaire.
- Son objectif est de devenir chef boucher pour augmenter son revenu.
Dans son quotidien, Frédéric jongle avec un budget qu’il détaille avec précision, révélant ainsi les réalités financières de nombreux salariés en France. Son salaire est composé d’un montant de base de 1 980 € nets, auquel s’ajoutent diverses primes. Parmi celles-ci, une prime pour le travail du samedi, jour le plus chargé, lui apporte environ 150 € nets supplémentaires. Il bénéficie également d’une prime d’ancienneté de 90 € nets, et de 60 € nets de tickets restaurant. En ajoutant une prime de fin d’année lissée sur douze mois qui représente environ 80 € nets mensuels, son revenu net s’élève donc à 2 280 € par mois.
« Les gens pensent que boucher, c’est un métier qui paie bien parce qu’on travaille avec de la viande chère. En vrai, on est payé sur une grille, pas sur le prix du bœuf », souligne-t-il en riant. Malgré ce revenu, Frédéric fait face à des charges qui grèvent son budget. Il loue un appartement de 75 m² dans le quartier de Saint-Fiacre pour 720 € charges comprises, un montant qui représente près d’un tiers de son salaire.
Les autres dépenses fixes s’accumulent rapidement : l’électricité et le gaz lui coûtent environ 130 € par mois, tandis que l’assurance habitation ne s’élève qu’à 22 €. Côté transport, il a fait le choix d’une voiture pour ses trajets quotidiens, ce qui lui coûte 190 € par mois en crédit auto, 55 € pour l’assurance, et environ 110 € pour l’essence. « La voiture, c’est le poste qui m’énerve le plus. Je me lève à 5h, je ne peux pas prendre le bus », déclare-t-il.
Du côté des dépenses liées à sa famille, la mutuelle familiale s’élève à 95 € par mois, ce qui est indispensable avec deux enfants qui nécessitent des soins dentaires réguliers. Les frais de cantine scolaire et de garderie s’ajoutent également au budget, atteignant respectivement 85 € et 60 € mensuels. Au total, les charges fixes de Frédéric s’élèvent à 1 434 €, soit près de 63 % de son salaire net.
Une fois toutes ces dépenses réglées, il lui reste environ 846 € pour subvenir aux besoins de sa famille durant le mois. Les courses alimentaires, représentant le poste le plus lourd, lui coûtent environ 480 €. « Ironie du métier : je ramène parfois de la viande invendable à la vente mais encore bonne, ça allège la facture », explique-t-il avec un sourire.
Les loisirs et sorties demeurent modestes, avec un budget de 60 € par mois pour des activités familiales occasionnelles. Le budget habillement est limité à 50 €, principalement pour les vêtements de ses enfants. Les activités extrascolaires et un budget vacances de 120 € mensuels permettent tout de même à la famille de partir en camping l’été, généralement dans les Vosges.
Le reste, soit environ 66 €, sert de marge pour les imprévus, mais la réalité est que Frédéric peine à épargner. « Je sais que je devrais épargner plus, mais avec deux enfants au collège, chaque mois efface le précédent », admet-il. Le seul coussin de sécurité est un Livret A ouvert à la naissance de son premier enfant, qui plafonne autour de 1 800 € et qu’ils n’osent pas toucher, sauf en cas d’urgence.
« Le jour où la voiture lâche vraiment, ou qu’il faut changer la chaudière, je ne sais pas comment on fait », reconnaît-il. Ce témoignage met en lumière la précarité à laquelle font face de nombreux salariés, notamment ceux exerçant des métiers manuels. Frédéric aspire à devenir chef boucher pour gagner environ 200 € de plus par mois, un objectif qu’il vise depuis deux ans, sans certitude quant à sa réalisation avant le départ à la retraite de son responsable actuel.
Avec un salaire médian net en France autour de 2 100 €, Frédéric se situe légèrement au-dessus de cette barre. Toutefois, ses charges de loyer et ses responsabilités familiales effacent rapidement cet avantage. « On vit correctement, on part en vacances, les enfants ne manquent de rien. Mais je ne me souviens pas de la dernière fois où j’ai eu 200 € qui traînaient sans savoir quoi en faire », conclut-il en retirant son tablier taché de la journée.