Chaque printemps, les terrasses se peuplent de frelons, suscitant l’inquiétude des jardiniers face à la menace qu’ils représentent pour les abeilles. Dans une tentative de protection, beaucoup adoptent l’astuce des pièges maison à base de bière, de vin et de sirop sucré. Cependant, ces méthodes, répandues sur les réseaux sociaux et dans les marchés, cachent une réalité alarmante. Les données fournies par l’ITSAP et FREDON montrent que ces pièges transforment les jardins en véritables fosses mortelles pour les pollinisateurs, tout en ayant un impact négligeable sur la population de frelons asiatiques.
EN BREF
- Les pièges à sirop sucré nuisent aux abeilles et autres pollinisateurs.
- Le frelon asiatique est un prédateur d’abeilles depuis son arrivée en France.
- Des méthodes de piégeage plus ciblées sont recommandées.
Introduit en France au début des années 2000, le frelon asiatique (Vespa velutina nigrithorax) s’est rapidement imposé comme un prédateur redoutable pour les abeilles. Capable d’attaquer en groupe, il inflige des piqûres douloureuses pouvant entraîner des réactions allergiques graves. Face à cette menace, les autorités sanitaires et le réseau GDSA / GDS France insistent sur l’importance d’appeler des professionnels pour l’élimination des nids plutôt que de tenter une destruction artisanale.
Les pièges faits maison, que l’on voit souvent suspendus dans les jardins, sont censés capturer les fondatrices du frelon asiatique. Pourtant, les résultats d’une campagne menée par l’ITSAP, en collaboration avec FREDON, sont révélateurs. Sur 263 pièges « maison », seulement 2 154 reines de frelon asiatique ont été capturées, tandis que 218 051 autres insectes, tels que des abeilles, des bourdons et des papillons, sont tombés dans ces pièges. Cela représente environ 1 % des captures utiles, un chiffre jugé insignifiant par les spécialistes.
Les études menées par l’INRA et le Muséum national d’Histoire naturelle n’ont pas non plus montré de diminution significative du nombre de frelons dans les zones où des pièges étaient installés par rapport à celles où ils étaient absents. Ce constat pousse les experts à reconsidérer l’efficacité de ces pièges au sirop sucré.
Pour une lutte plus efficace contre le frelon asiatique, l’ITSAP, l’OPIE, France Nature Environnement et FREDON France recommandent de remplacer ces pièges par des méthodes de piégeage plus ciblées, surtout autour des ruchers. Il est également conseillé de consulter un apiculteur ou le GDSA avant de mettre en place des pièges.
Il est crucial d’éviter d’installer des pièges au sirop de manière continue dans les jardins sans ruches, de février à l’automne. En dehors des pièges traditionnels, les gestes préconisés dans le cadre du Plan national de lutte contre le frelon à pattes jaunes sont simples et efficaces. Il est recommandé de surveiller les greniers, les abris et les arbres isolés, tout en signalant tout nid découvert, sans s’en approcher.
La mise en place de pièges sélectifs, tels que les modèles japonais ou coréens, s’avère être une option plus efficace que les pièges à sirop. Par ailleurs, il est conseillé de rendre les jardins moins attractifs pour ces insectes par une gestion appropriée des déchets et en intégrant des plantes odorantes comme la citronnelle, la menthe poivrée ou l’eucalyptus.
Face à la prolifération du frelon asiatique et à ses conséquences sur la pollinisation, il est temps de repenser notre approche de la lutte. Des méthodes plus respectueuses de l’écosystème sont nécessaires pour protéger nos pollinisateurs tout en gérant la menace que représentent ces frelons.