Dans un tournant décisif de la politique israélienne, Gadi Eisenkot, chef du bloc de l’opposition au Premier ministre sortant Benyamin Netanyahou, sera officiellement chargé dimanche de former le prochain gouvernement. Cette annonce a été faite ce samedi soir par la présidence israélienne, confirmant que le président Herzog invitera Eisenkot à la résidence présidentielle pour lui confier cette mission cruciale.
EN BREF
- Gadi Eisenkot reçoit la mission de former le gouvernement dimanche.
- Il doit rassembler au moins 61 députés dans un parlement fracturé.
- Eisenkot s’engage à redorer l’image d’Israël sur la scène internationale.
Âgé de 66 ans, Eisenkot est décrit comme un homme sobre, peu charismatique, mais déterminé. Ancien chef d’état-major de l’armée israélienne, il a dirigé de 2015 à 2019 et est perçu comme un leader capable de rassembler des voix dans un paysage politique particulièrement fragmenté. Sa tâche ne sera pas aisée, et il devra naviguer entre les différents intérêts politiques pour atteindre une majorité.
Connu pour son style direct et ses réponses brèves hérité de sa carrière militaire, Eisenkot a choisi de ne pas s’exprimer largement dans les médias étrangers. Contrairement à son prédécesseur, il ne brille pas par son aisance à l’oral, mais cela pourrait jouer en sa faveur dans un contexte où les Israéliens souhaitent un changement radical après des années de tensions politiques.
Durant sa campagne, il a mis l’accent sur l’unité nationale, promettant de « rassembler tous les Israéliens » sous la bannière de son parti centriste Yashar. Sa popularité a été renforcée par des événements personnels tragiques, ayant perdu son fils Gal et deux neveux lors d’opérations militaires à Gaza, ce qui lui a valu une sympathie considérable au sein de l’opinion publique.
En matière de politique étrangère, Eisenkot a l’intention de restaurer l’image d’Israël, gravement ternie par les conflits récents et les violences des colons en Cisjordanie. Lors des dernières législatives, ses promesses de redresser le pays ont trouvé un écho favorable, même si le résultat n’a pas été un raz-de-marée électoral.
Malgré son engagement en faveur d’une approche plus unifiée, Eisenkot reste ferme sur certaines positions, notamment son opposition à la création d’un État palestinien. Il a également été un acteur clé dans l’élaboration de la stratégie militaire israélienne, notamment lors de la guerre de 2006 contre le Hezbollah. Sa doctrine, qui prône des bombardements massifs pour anéantir les capacités ennemies, témoigne d’une vision sécuritaire très rigoureuse.
En tant que futur Premier ministre, il a promis d’agir contre le Hamas dans les 18 mois suivant son accession au pouvoir. Il a aussi évoqué la nécessité d’une commission nationale d’enquête concernant les défaillances ayant conduit à l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, une demande largement partagée par les citoyens israéliens.
Par ailleurs, il a récemment affiché son soutien envers les droits des personnes LGBTQ+ et a défendu la colonisation en Cisjordanie, sous réserve du respect de la législation israélienne. Cette position délicate vise à contenter les différentes factions de son électorat, tout en écartant les avant-postes illégaux qui se sont développés sous le précédent gouvernement.
Enfin, Eisenkot a promis de préserver l’indépendance judiciaire et les droits des minorités, ainsi que la liberté de la presse, des engagements qui pourraient séduire les électeurs centristes et libéraux. La route qui l’attend est semée d’embûches, mais le nouveau leader pourrait bien être à la hauteur des défis qui l’attendent.