Gérald Darmanin souhaite accéder aux tests ADN privés pour élucider des cold cases

Avez-vous déjà envisagé de faire un test ADN pour mieux connaître vos origines ? Bien que ces tests privés soient illégaux en France, ils sont facilement accessibles via des entreprises étrangères. Ces analyses permettent non seulement d’établir un profil ethnique, mais aussi de découvrir des liens familiaux. Cette pratique, initialement considérée comme récréative, pourrait bientôt jouer un rôle crucial dans la résolution d’enquêtes criminelles.

EN BREF

  • Le garde des Sceaux Gérald Darmanin propose d’accéder aux bases de données ADN privées.
  • Deux affaires criminelles résolues grâce à la généalogie génétique illustrent cette nécessité.
  • Le projet suscite des inquiétudes concernant la protection des données personnelles.

Dans le cadre de son projet de loi sur la réforme de la justice criminelle, dont l’examen a débuté le 13 avril au Sénat, Gérald Darmanin souhaite autoriser les enquêteurs à consulter des bases de données ADN privées. Cette initiative pourrait permettre aux autorités de comparer des traces génétiques retrouvées sur des scènes de crime avec les échantillons fournis par des citoyens curieux de leurs origines. L’objectif est clair : élucider des affaires non résolues.

Cette méthode a déjà fait ses preuves, comme le montre l’affaire du « prédateur des bois ». Fin 2022, un homme de 62 ans a été arrêté en Seine-et-Marne, soupçonné d’avoir commis plusieurs enlèvements et viols entre 1998 et 2008. Pour retrouver sa trace, les enquêteurs ont fait appel au FBI, qui a identifié des ascendants potentiels de l’auteur des faits. En recoupant ces informations, les autorités françaises ont pu localiser le suspect, qui a fini par se suicider en détention.

Une autre affaire a également bénéficié de cette approche. En 2025, le pôle des cold cases de Nanterre a demandé aux États-Unis de comparer un ADN masculin inconnu avec des bases de données. Cette démarche a permis d’identifier un suspect dans une agression survenue en 2015 à Poitiers. Avant cette identification, les enquêteurs n’avaient aucune piste, car l’ADN de l’auteur n’avait jamais été enregistré. La généalogie génétique a ainsi été la dernière chance d’élucider cette affaire.

Les tests ADN fournis par des entreprises privées offrent un potentiel bien plus large qu’une simple empreinte. Pour le généticien Yaniv Erlich, ancien directeur scientifique de MyHeritage, l’ADN fonctionne comme un « phare » qui éclaire toute une famille, permettant de remonter jusqu’à des cousins au quatrième degré.

Environ deux millions de Français auraient déjà envoyé leur ADN à des entreprises étrangères. Pour Gérald Darmanin, cette population pourrait aider à résoudre une trentaine d’affaires classées au pôle cold cases.

Malgré l’enthousiasme des acteurs judiciaires, la proposition de Darmanin soulève des préoccupations, notamment en matière de protection des données personnelles. Des voix critiques, comme celle de Catherine Bourgain, vice-présidente du comité éthique de l’Inserm, s’inquiètent du fait que ces données sensibles, gérées dans un cadre commercial, pourraient être utilisées par la justice. « Si ces entreprises décident de couper les ponts, que ferons-nous ? » s’interroge-t-elle.

Darmanin a promis que l’utilisation de ces données serait « strictement encadrée par la loi », réservée aux crimes les plus graves, comme les meurtres, les viols et les enlèvements, et soumise au contrôle d’un juge. La procureure de la République adjointe, Marie-Céline Lawrysz, souligne que les autorités étrangères n’auront accès qu’à des bases de données pour lesquelles les clients ont donné leur consentement pour participer à des enquêtes criminelles.

Cette initiative pourrait marquer une avancée significative dans la résolution des cold cases en France, mais elle devra être mise en œuvre avec prudence pour garantir la protection des données personnelles.