La guerre qui ravage le Moyen-Orient touche de nombreux secteurs, parmi lesquels la pêche. Les pêcheurs, déjà en difficulté, voient leur situation se détériorer rapidement en raison de l’augmentation des coûts du carburant, ce qui risque d’affecter le consommateur dans les mois à venir.
EN BREF
- La hausse du prix du carburant menace la rentabilité des pêcheurs français.
- Les petits pêcheurs sont plus touchés que les grands industriels par cette crise.
- Une réunion au ministère de l’Économie n’a pas abouti à des mesures concrètes.
Les pêcheurs, qui ne bénéficient pas d’un salaire fixe, se rémunèrent en fonction de leur prise. À l’issue de chaque sortie en mer, le poisson est vendu et les revenus sont partagés après déduction des coûts, notamment le carburant. Actuellement, la situation est alarmante : le prix du diesel marin a connu une augmentation considérable, passant de 60 centimes à près d’un euro le litre dans certains ports.
Bruno Margollé, vice-président du Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM), souligne que pour un bateau consommant 2.500 litres, cette hausse représente un surcoût de 1.000 euros. Cela réduit proportionnellement les revenus des membres de l’équipage, mettant en péril leur survie économique.
Les pêcheurs pourraient être tentés de répercuter cette hausse sur le prix du poisson, mais ce n’est pas si simple. En effet, ils vendent leur produit à la criée, où les prix sont déterminés par les enchères des acheteurs. À plus d’un euro le litre, les coûts de carburant dépassent souvent la moitié du chiffre d’affaires, rendant impossible toute rentabilité.
Un impact sur l’approvisionnement et les prix
La conséquence directe de cette situation est une réduction de l’activité de pêche. Plusieurs navires demeurent à quai, et ceux qui sortent doivent écourter leurs sorties. Cela entraîne une baisse de l’offre de poisson sur le marché, ce qui affecte les consommateurs en matière de disponibilité et de prix.
Élisabeth Frantz, directrice générale du Groupement Chargeco, met en lumière un autre aspect : la majorité du poisson consommé en France ne provient pas de la pêche artisanale, mais plutôt de la pêche industrielle ou de l’élevage. Les grands pêcheurs industriels, disposant de meilleures ressources financières et de contrats de carburant négociés, pourront mieux gérer la crise. En revanche, les petits pêcheurs, qui approvisionnent principalement les marchés locaux et les poissonneries, seront plus vulnérables.
Les supermarchés, quant à eux, devraient être moins affectés dans l’immédiat, notamment pour des produits comme le saumon d’élevage. La structure de l’approvisionnement dans les grandes surfaces leur permet de répercuter les hausses de prix de manière plus graduelle, contrairement aux petits commerçants.
Une réponse gouvernementale attendue
La situation des pêcheurs est préoccupante. Le 13 mars, leurs représentants ont été reçus au ministère de l’Économie, mais aucune mesure immédiate n’a été mise en place. La complexité de la situation est accentuée par le fait que le diesel marin est exempté de taxe, ce qui limite les options du gouvernement pour réduire son coût.
Bruno Margollé évoque la possibilité de réactiver la TIRUERT, une taxe incitative pour l’utilisation d’énergie renouvelable dans les transports, qui avait permis de diminuer le coût du carburant marin par le passé, offrant aux pêcheurs une remise à la pompe. Néanmoins, le futur reste incertain pour les 10.000 pêcheurs français, qui se retrouvent dans une impasse difficile à surmonter.
En résumé, les conséquences de la guerre au Moyen-Orient ne se limitent pas aux conflits armés, mais impactent également des secteurs vitaux comme la pêche, menaçant la disponibilité du poisson sur le marché et les revenus des pêcheurs, tout en laissant planer des incertitudes quant à l’avenir de cette profession essentielle.