Pour de nombreux Français, le visage souriant du petit garçon roux sur les boîtes de Kinder évoque des souvenirs d’enfance indélébiles. Ce visage, celui de Günter Euringer, est devenu emblématique en raison de son apparition sur les emballages de chocolat pendant plus de trois décennies. Pourtant, derrière cette image célèbre se cache un parcours surprenant et un destin bien éloigné des projecteurs.
EN BREF
- Günter Euringer, modèle des boîtes Kinder de 1973 à 2005, vit aujourd’hui discrètement.
- Il n’a perçu qu’un cachet unique de 300 Deutsche Marks pour son image.
- La législation sur les droits à l’image des enfants a évolué depuis son contrat.
Né en 1963, Günter Euringer a été choisi à l’âge de dix ans pour représenter le célèbre petit garçon sur les boîtes de Kinder. C’était en 1973, lors d’un casting à Munich orchestré par sa mère, alors employée dans la publicité. La séance photo, qui n’a duré que quelques minutes, a propulsé son image dans le monde entier, imprimée sur des milliards d’emballages de chocolat. Ce succès commercial a perduré jusqu’en 2005, date à laquelle son visage a disparu des rayons.
À présent âgé de plus de 60 ans et père de deux enfants, Günter Euringer a choisi de mener une existence loin des feux de la rampe. Il exerce aujourd’hui le métier de caméraman et photographe dans le domaine de la publicité, un choix qui témoigne d’une volonté de rester en retrait par rapport à sa jeunesse médiatisée. Dans son livre Das Kind der Schokolade, publié en 2005, il a partagé son expérience, révélant au passage son identité au grand public.
Un aspect marquant de son histoire concerne la question de la rémunération. Alors qu’il a prêté son visage à une marque iconique pendant des années, il n’a touché qu’un modeste cachet initial de 300 Deutsche Marks, soit environ 150 euros. Ce montant unique ne comprenait pas de pourcentage sur les ventes, ni de rémunération supplémentaire malgré la large exploitation de son image.
Ce cas soulève des interrogations sur les droits à l’image, particulièrement dans le cadre des contrats signés par les enfants. En 1973, le contrat de Günter Euringer stipulait une cession de droits à perpétuité et pour le monde entier, permettant à Ferrero d’exploiter son image sans limitation temporelle ni géographique. Cette situation est illustrée par le fait que le Code de la Propriété Intellectuelle ne protège pas les visages, mais uniquement les œuvres.
En comparaison, la législation française a évolué depuis les années 70 pour mieux protéger les enfants du spectacle et du mannequinat. Aujourd’hui, les contrats doivent être accompagnés d’autorisations administratives et de conditions strictes. Une partie des revenus des enfants doit être déposée dans un compte bloqué jusqu’à leur majorité, garantissant ainsi qu’ils aient accès à leur capital à leur entrée dans l’âge adulte.
L’histoire de Günter Euringer rappelle que la notoriété ne rime pas toujours avec richesse. Beaucoup de parents, séduits par l’idée d’un casting, signent des contrats sans mesurer les implications à long terme. Les spécialistes conseillent ainsi de refuser les clauses « à perpétuité et pour le monde entier », de limiter la durée des droits d’exploitation et de consulter des professionnels avant de signer.
En définitive, le parcours de Günter Euringer illustre à quel point la célébrité peut être éphémère et comment la protection des droits des enfants dans l’industrie de la publicité reste un enjeu crucial.