Le conflit au Moyen-Orient, qui a éclaté le 28 février avec des frappes américano-israéliennes sur l’Iran, a provoqué une perturbation majeure de l’approvisionnement mondial en pétrole et en gaz. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), cet événement constitue « la plus importante perturbation » jamais enregistrée dans ce domaine. Les répercussions de cette guerre se font ressentir à travers le monde, alors que les pays de la région sont contraints de réduire leur production d’hydrocarbures.
EN BREF
- Le détroit d’Ormuz, crucial pour le transport de pétrole, est bloqué par l’Iran.
- La production pétrolière des pays du Golfe a chuté d’au moins 10 millions de barils par jour.
- Les prix mondiaux du pétrole et du gaz connaissent une forte augmentation.
Les tensions militaires se sont intensifiées avec des attaques ciblant des infrastructures pétrolières et des navires dans le détroit d’Ormuz, par où transite environ un cinquième de la production mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié. Les Gardiens de la Révolution iraniens ont annoncé leur intention de mener une campagne prolongée contre les intérêts occidentaux dans la région, menaçant ainsi l’économie mondiale.
Thierry Bros, expert en énergie, souligne que nous assistons actuellement à « la plus grave crise énergétique ». En effet, le blocage du détroit d’Ormuz a des conséquences logistiques majeures, affectant l’approvisionnement mondial en hydrocarbures. En 2025, environ 20 millions de barils de pétrole brut circulaient quotidiennement dans cette voie maritime vitale, et le risque de fermeture a été qualifié de « risque systémique » pour l’industrie pétrolière.
D’après l’AIE, les pays asiatiques sont les principaux bénéficiaires des exportations de pétrole transitant par le détroit, avec 89 % du brut destiné à ces marchés. Face à cette crise, des pays comme les Philippines, qui dépendent à 95 % de leurs importations de pétrole brut du Moyen-Orient, prennent des mesures pour économiser de l’énergie, comme la réduction des jours de travail.
Pour l’Europe, le Moyen-Orient représente 20 % des importations de pétrole et 5 % de celles de gaz. Les alternatives au détroit d’Ormuz, comme l’oléoduc Est-Ouest de Saudi Aramco, sont insuffisantes pour compenser la perte de production. L’AIE a noté que la réduction de l’offre en Irak, au Qatar, au Koweït, aux Émirats arabes unis et en Arabie saoudite pourrait entraîner une chute de 7,5 % de la production mondiale de pétrole entre février et mars de cette année.
La région du Moyen-Orient, qui a contribué à hauteur de 30,7 % à la production mondiale de pétrole en 2023, se trouve également en première ligne pour la production de gaz, représentant 17 % de l’approvisionnement mondial. Cependant, les conflits militaires mettent en péril cette production, comme en témoigne la suspension des activités de QatarEnergy, un acteur majeur du gaz naturel liquéfié, en raison des attaques sur ses installations.
Alors que la crise énergétique se prolonge, les craintes d’une flambée durable des prix du gaz se multiplient, notamment en Europe. Même si la majorité des exportations du Moyen-Orient sont destinées à l’Asie, un blocus prolongé pourrait entraîner une compétition accrue pour les cargaisons disponibles.
Cette situation rappelle les répercussions de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, qui avait déjà déclenché une crise énergétique. Les événements actuels soulignent l’importance stratégique du Moyen-Orient dans le paysage énergétique mondial et la fragilité de l’approvisionnement en période de conflit.