Les répercussions de la guerre au Moyen-Orient se font sentir jusque dans les usines de céramique de Morbi, une ville du Gujarat, en Inde. En raison des pénuries de gaz provoquées par les tensions géopolitiques, des milliers d’ouvriers se retrouvent sans emploi, et des usines sont contraintes de fermer leurs portes.
EN BREF
- Les usines de céramique de Morbi sont à l’arrêt à cause de pénuries de gaz.
- La guerre au Moyen-Orient impacte l’approvisionnement en énergie de l’Inde.
- Le secteur de la céramique emploie près d’un million de personnes dans la région.
Au cœur de cette crise, les fours, habituellement alimentés au propane, sont désormais éteints. Les grandes usines de Morbi, qui représentent 90 % de la production nationale de céramique, ont dû suspendre leur activité. Le propriétaire d’une de ces usines, Kishor Dulera, a dû fermer trois de ses sites, renvoyant ainsi des centaines d’employés : « Nous avons subi un coup terrible », déplore-t-il.
La situation est alarmante. La fermeture des sites de production est exacerbée par le blocage du détroit d’Ormuz par l’Iran, qui a débuté après les premières frappes américano-israéliennes fin février 2026. Ce passage stratégique est crucial pour l’approvisionnement en pétrole et en gaz de l’Inde, qui dépend largement des importations pour sa consommation énergétique.
Face à cette crise, le gouvernement indien a pris des mesures pour garantir l’approvisionnement en gaz naturel liquéfié (GNL) pour les ménages et les secteurs jugés essentiels, tels que les transports et les hôpitaux. Cela a conduit de nombreuses industries, y compris celle de la céramique, à réduire leur production, voire à l’interrompre complètement.
Cette situation a des impacts considérables sur l’économie locale. Le secteur de la céramique, qui génère un chiffre d’affaires annuel de 6,5 milliards de dollars, emploie plusieurs centaines de milliers de personnes. Avec plus de 400 usines arrêtées, la crise menace non seulement les emplois directs, mais également ceux des sous-traitants et des entreprises connexes.
Hitesh Detroja, propriétaire d’une usine, décrit la situation comme « une crise horrible ». Il est confronté à des remboursements d’emprunts de 74 000 dollars par mois, alors qu’il a dû fermer son usine qui produisait jusqu’à 30 000 tuiles par jour.
Les ouvriers, eux, sont dans l’incertitude. Bunty Goswami, agriculteur et employé dans le secteur, exprime ses inquiétudes : « On ne sait pas trop quoi faire, faut-il rentrer à la maison ou bien rester encore ici ? ». Ces doutes reflètent la détresse de nombreux travailleurs affectés par cette crise.
Pour tenter de pallier cette situation, le gouvernement indien explore de nouvelles sources d’approvisionnement en gaz, notamment auprès de l’Australie et de la Russie. Des négociations sont également en cours avec l’Iran pour libérer des méthaniers bloqués dans le détroit d’Ormuz.
Face à la crise, certains entrepreneurs choisissent de maintenir leur production, même à des coûts élevés. Jitendra Aghara, à la tête de l’une des plus grandes usines de céramique de Morbi, a décidé d’acheter du propane à des prix exorbitants, malgré les pertes anticipées. « Même si on subit des pertes pendant deux ou trois mois, on pourra toujours se refaire plus tard », espère-t-il.
La situation actuelle soulève des questions sur la dépendance de l’industrie de la céramique au gaz. M. Aghara suggère qu’il pourrait être temps d’envisager d’autres sources d’énergie. De grands groupes industriels en Inde, tels que Reliance, explorent déjà des projets liés à l’hydrogène, bien que la qualité de la production actuelle ne soit pas encore comparable à celle des fours à gaz.
Dans un contexte de crise énergétique mondiale, la capacité de l’industrie indienne à s’adapter et à innover sera mise à l’épreuve. Les mois à venir détermineront si ces entreprises parviendront à surmonter cette tempête ou si elles seront contraintes de fermer définitivement leurs portes.