Inès Chatin a brisé le silence ce mardi 7 avril sur France Inter, racontant l’enfer qu’elle a subi dès l’âge de quatre ans. Victime de viols lors de « cérémonies » orchestrées par des hommes influents du 7e arrondissement de Paris, elle met en lumière des noms et un système de protection autour de personnalités respectées. Son témoignage, glaçant, fait partie d’une enquête plus large sur des crimes de pédocriminalité en France.
EN BREF
- Inès Chatin témoigne de viols rituels subis dès 4 ans, impliquant des hommes influents.
- Son père adoptif et d’autres personnalités médiatiques sont nommés dans ces crimes.
- Une enquête judiciaire est en cours, malgré la prescription des faits.
Témoignage d’une enfance volée
Le récit d’Inès Chatin débute avec son adoption par Jean-François Lemaire, un médecin dont le mariage était une façade, cachant des violences conjugales. Dans cet environnement, elle et son frère ont grandi entourés d’hommes qu’ils devaient appeler « oncles », mais qui ne représentaient en réalité aucune bienveillance. Ces figures d’autorité formaient un cercle d’adultes, exerçant une emprise sur les enfants sous couvert de vie intellectuelle et mondaine.
Les « jeux » que ces hommes qualifiaient ainsi ne laissaient aucun doute sur leur nature violente et perverse. Inès décrit des « cérémonies » où les enfants étaient placés au centre d’un groupe d’hommes masqués, après avoir ingéré une « boisson blanche » dont elle ignore la composition. Des ordonnances retrouvées dans les archives de son père adoptif lui laissent penser que des médicaments, dont un anxiolytique, étaient utilisés pour les rendre plus dociles.
Des souvenirs indélébiles
Inès Chatin évoque des souvenirs « sensoriels » indélébiles, affirmant que le corps se souvient de ce que l’esprit tente d’oublier. Le simple fait de croiser ces hommes dans des dîners ou des salons ravive des souvenirs traumatiques. Elle nomme ses bourreaux, dont l’écrivain Gabriel Matzneff, déjà mis en cause par Vanessa Springora dans son ouvrage « Le Consentement ». D’autres noms, tels que Claude Imbert, Jean-François Revel et l’évêque Jean-Michel Di Falco, sont également mentionnés.
Concernant Di Falco, Inès ne cache pas le dégoût qu’elle ressent à son égard. Bien qu’elle n’ait pas encore révélé tous les détails de son témoignage, elle a formulé une demande d’audition auprès de l’Ofmin, l’office en charge des mineurs victimes. Une enquête judiciaire est en cours, bien que les faits soient prescrits, illustrant ainsi le silence qui entoure souvent les personnalités publiques.
Une revendication glaçante
Inès Chatin partage également des enregistrements de conversations avec son père adoptif, enregistrés avant sa mort. Dans ces échanges, il se vante presque de ses actes, justifiant les viols par des références à l’Antiquité gréco-romaine. Cette justification d’une violence transmise de génération en génération choque Inès, qui s’exprime avec force sur le sujet.
« Ces références qui salissent le corps de l’enfant ne doivent plus avoir cours », martèle-t-elle. Son engagement dépasse son histoire personnelle. En collaboration avec le journaliste Willy Le Devin, elle a contribué à la rédaction de « Les hommes de la rue du Bac », un ouvrage qui a permis à d’autres victimes de se manifester.
Malgré cela, beaucoup choisissent de garder le silence, paralysées par la peur du scandale. Inès désigne ces femmes comme les « victimes silencieuses » et les exhorte à dénoncer leurs agresseurs. Dans cette lutte, elle souligne que le silence protège les bourreaux et non les victimes.
Cette affaire met en lumière une mécanique du pouvoir où des figures respectées ont abusé de leur statut pour dissimuler leurs crimes. Inès Chatin, par son témoignage précis et puissant, révèle un réseau de pédocriminalité au sein de la vie intellectuelle parisienne. L’enquête judiciaire se poursuit, mais ce qu’elle a partagé marque un tournant dans la lutte contre ces horreurs.