À la frontière américaine, un simple œuf en chocolat peut rapidement devenir un enjeu juridique. Le Kinder Surprise, une friandise populaire en Europe, est considéré comme un « produit prohibé » aux États-Unis, pouvant entraîner une amende de 2 500 dollars, soit environ 2 300 euros, pour chaque œuf saisi. Un sort étonnant pour ce chocolat destiné aux enfants.
EN BREF
- Le Kinder Surprise est interdit aux États-Unis en raison de sa capsule contenant un jouet.
- La loi américaine vise à interdire les aliments contenant des « objets non nutritifs ».
- Ferrero a adapté son offre avec le Kinder Joy, conforme aux réglementations.
Imaginé par Ferrero en 1974, le Kinder Surprise est un œuf creux en chocolat au lait, abritant une capsule en plastique jaune contenant un petit jouet à assembler. Cette combinaison de gourmandise et de jouet fait partie intégrante de la culture alimentaire des enfants européens. Pourtant, sur le sol américain, cette même combinaison devient illégale pour des raisons de sécurité, révélant ainsi la manière dont les États-Unis gèrent les risques associés aux produits alimentaires.
Depuis 1938, le Federal Food, Drug, and Cosmetic Act (FD&C Act) interdit la commercialisation de toute confiserie intégrant un « objet non nutritif ». Ainsi, lorsque la capsule du Kinder est complètement entourée de chocolat, elle est classée comme une « adulterated food », ce qui la rend illégale. En revanche, des produits comme les bâtonnets de glace ou les sucettes restent autorisés, car ils sont considérés comme fonctionnels et clairement visibles.
Cette législation, bien qu’ancienne, n’a pas été conçue pour cibler Ferrero. Elle a été mise en place à la suite d’une tragédie survenue dans les années 1930, où le médicament sulfanilamide elixir a causé la mort de plus de 100 personnes, dont des enfants. Ce scandale a conduit à un renforcement des contrôles sur les aliments et médicaments. Lorsque le Kinder Surprise a été lancé, il s’est heurté à des réglementations déjà en place.
Des agences fédérales sur le front
Aux États-Unis, plusieurs agences fédérales sont impliquées dans la régulation de ce produit. La Food and Drug Administration (FDA) applique le FD&C Act et considère les Kinder Surprise comme des confiseries interdites à l’importation. Le U.S. Customs and Border Protection (CBP) a reçu des consignes strictes pour saisir ces œufs à la frontière. Un communiqué a rapporté que plus de 60 000 œufs ont été interceptés au cours d’une année fiscale, avec des amendes pouvant atteindre 2 500 dollars par œuf.
La Consumer Product Safety Commission (CPSC) se charge de la régulation des jouets, appliquant la « Small Parts Regulation » pour les petits objets destinés aux enfants de moins de 3 ans. Selon un avertissement de la CPSC, il existe un risque sérieux d’étouffement, renforçant l’idée que la combinaison œuf + capsule + petit jouet ne devrait pas être disponible sur le marché américain.
Une question de sécurité et de responsabilité
Le risque d’accidents n’est pas à prendre à la légère. En France, un tragique incident a eu lieu lorsqu’une fillette de 3 ans s’est étouffée avec une pièce de jouet provenant d’un Kinder. D’autres cas isolés ont également été documentés en Europe. Il est à noter qu’environ 140 enfants aux États-Unis meurent chaque année d’étouffement lié à des aliments courants comme des raisins ou des hot-dogs, sans que ces produits soient bannis. Cela montre que la législation américaine vise surtout à éliminer les risques jugés évitables liés à des objets cachés dans des aliments.
Cette situation met également en lumière la question de la responsabilité juridique. Un incident lié à un jouet alimentaire peut entraîner des procès coûteux, ce que le FD&C Act cherche à éviter. Face à ces restrictions, Ferrero a choisi d’adapter son produit plutôt que de l’affronter. Depuis 2018, la marque propose le Kinder Joy aux États-Unis, où le chocolat et le jouet sont séparés dans l’emballage, évitant ainsi tout contact direct.
Malgré cette adaptation, les Kinder Surprise continuent à susciter un certain attrait, circulant discrètement dans les bagages des voyageurs et dans l’imaginaire collectif américain, comme une friandise à la fois familière et illégale.