À l’approche des municipales de 2026, la compétition entre Emmanuel Grégoire et Rachida Dati pour séduire les électeurs parisiens rappelle une époque marquée par l’innovation, mais aussi l’absurde. L’un des souvenirs les plus marquants de cette quête de la propreté à Paris remonte aux années 1970, lorsque Jacques Chirac, alors jeune ministre, fit de la propreté des rues un enjeu majeur de sa campagne.
EN BREF
- Jacques Chirac lance la motocrotte pour lutter contre les déjections canines à Paris.
- La propreté, enjeu central des municipales de 2026, fait écho à l’histoire de la ville.
- Les motocrottes, malgré leur innovation, s’avèrent coûteuses et peu efficaces.
Élu maire de Paris en 1977, Jacques Chirac se retrouve confronté à un problème de taille : les trottoirs de la capitale sont envahis par les déjections canines, représentant environ 16 tonnes de déchets par jour. Ce constat, devenu une véritable préoccupation pour les Parisiens, pousse Chirac à en faire un axe central de son mandat. Il comprend que la propreté est un sujet sensible qui touche directement le quotidien des habitants.
Pour remédier à cette situation, Jacques Chirac met en place une « bataille de la propreté », créant une Direction de la Propreté de Paris. Il opte pour un vert bambou distinctif pour les véhicules de nettoyage et introduit un baromètre de la propreté, destiné à mesurer la satisfaction des usagers. L’objectif est clair : prouver, par des actions visibles, que la municipalité s’engage réellement dans la lutte contre la pollution canine.
En 1982, un moment clé de cette initiative se produit avec le lancement de la motocrotte, un engin révolutionnaire développé en collaboration avec l’entreprise J.C. Decaux. Cette machine, surnommée « chiraclette », est décrite par Chirac comme un véhicule motorisé équipé d’un système de brossage permettant d’aspirer les déjections canines sans eau. Lorsqu’un pilote aperçoit une déjection, il s’arrête pour que les brosses spéciales nettoient le sol et récupèrent les déchets dans des sacs biodégradables.
Cette innovation, bien que prometteuse, ne rencontre pas le succès escompté. Au début des années 2000, les motocrottes coûtent à la Ville de Paris près de 4,5 millions d’euros par an, tout en ne ramassant qu’environ 20 % des déjections présentes sur les trottoirs. Perçues comme une solution inefficace, ces motos vert bambou deviennent rapidement la cible de moqueries et incarnent un gouffre financier pour la municipalité.
Avec l’élection de Bertrand Delanoë à la mairie de Paris, la décision de retirer les motocrottes se concrétise. Au début des années 2000, ces engins disparaissent du paysage urbain, laissant place à des alternatives telles que les canisettes et des distributeurs de sacs, accompagnées d’une sensibilisation accrue des propriétaires de chiens.
Alors que la ville se prépare pour les élections municipales de 2026, les débats autour de la propreté des rues résonnent avec l’écho du passé. La lutte pour une capitale plus propre est devenue un passage obligé pour les candidats. Cette histoire de la motocrotte, à la fois loufoque et emblématique, rappelle que la propreté ne se limite pas à une simple question de politique, mais touche le quotidien de chaque Parisien.