Jean-Michel di Falco condamné au civil pour viols prescrits : un arrêt historique

La cour d’appel de Paris a rendu un jugement marquant ce jeudi, condamnant l’évêque émérite Jean-Michel di Falco à verser près de 200 000 euros à un homme qui l’accuse de viols et d’agressions sexuelles survenus dans les années 1970. Ce verdict, qualifié de « quasiment inédit » par la Conférence des évêques de France, constitue une avancée significative dans la reconnaissance des violences sexuelles au sein de l’Église.

EN BREF

  • Jean-Michel di Falco condamné à verser 200 000 euros pour des actes sexuels commis dans les années 1970.
  • La décision a été prise par la cour d’appel de Paris, qualifiée d’historique par les observateurs.
  • La Conférence des évêques de France a reconnu la portée de cette condamnation.

Jean-Michel di Falco, âgé de 84 ans, ancien évêque auxiliaire de Paris, est au cœur d’un procès qui a duré près de 25 ans. Les faits reprochés remontent à la période où il était directeur du collège Saint-Thomas d’Aquin, entre 1972 et 1975. Les accusations de violences sexuelles, bien que prescrites au pénal, ont été reconnues par la justice civile, ouvrant ainsi la voie à une réparation financière pour la victime.

La défense de Mgr di Falco a réagi rapidement, annonçant son intention de se pourvoir en cassation, qualifiant la décision de « incompréhensible ». L’avocat de la victime, Pierre-Jean Pagès, a exprimé son soulagement, soulignant qu’il s’agissait d’une première dans un contexte où l’Église a longtemps minimisé ces cas.

Un jugement qui résonne dans l’Église de France

Cette condamnation intervient alors que la Conférence des évêques de France (CEF) se réunissait en assemblée plénière à Lourdes. Le cardinal Jean-Marc Aveline, président de l’épiscopat français, a déclaré que la souffrance des victimes doit être prise en compte et que cette décision est un appel à la réflexion au sein de l’institution. « Ma pensée va aux personnes dont cette histoire évoque la souffrance », a-t-il déclaré, soulignant la complexité du sujet.

Le jugement de la cour a mis en lumière non seulement les actes de Mgr di Falco, mais également le traumatisme durable qu’ils ont causé à la victime. Les juges ont noté que les preuves psychologiques fournies par des experts confirment un mal-être persistant chez M. Pagès, affectant sa vie personnelle et professionnelle. La cour a ainsi estimé que le comportement fautif de M. di Falco avait causé un dommage corporel à M. Pagès, justifiant la réparation financière.

Un contexte de libération de la parole

Ce revirement judiciaire s’inscrit dans un contexte plus large où la parole des victimes de violences sexuelles au sein de l’Église se libère progressivement. En effet, près de 1 800 victimes ont contacté l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (Inirr) depuis sa création en 2021. Ce dispositif, qui vise à reconnaître les souffrances et à apporter des réparations, sera actif jusqu’à l’été prochain.

Jean-Michel di Falco a été une figure médiatique de l’Église, reconnu pour son rôle de porte-parole de la CEF entre 1987 et 1996, et comme évêque auxiliaire de Paris de 1997 à 2003. Il a également été l’évêque de Gap de 2003 à 2017. Cette condamnation pourrait avoir des répercussions considérables sur l’image de l’Église, déjà ébranlée par de nombreuses affaires de pédocriminalité.

Alors que le débat sur la gestion des abus sexuels au sein de l’institution catholique devient de plus en plus pressant, cette décision de justice pourrait servir de précédent et inciter d’autres victimes à faire entendre leur voix. L’Église de France se trouve à un tournant, et ce jugement pourrait catalyser des changements nécessaires pour garantir la protection des plus vulnérables au sein de la communauté ecclésiastique.