Jordan Bardella au HLM de Saint-Denis : un ancien voisin dévoile son enfance…

Quand Jordan Bardella évoque son enfance, il aime rappeler qu’il a grandi dans une banlieue difficile. Le président du Rassemblement National (RN) raconte avec une certaine insistance avoir vécu son adolescence dans la cité Gabriel-Péri à Saint-Denis, décrivant un quotidien jalonné de peurs, de nuits agitées et de trafics en tout genre. Cette origine *haletante* fait partie intégrante de son *storytelling*, répété sans relâche dans ses discours.

EN BREF

  • Jordan Bardella, président du RN, a grandi à Saint-Denis, dans une cité populaire.
  • Des témoignages nuancent son récit d’enfance difficile, évoquant un cadre familial plus aisé.
  • Les habitants de la cité soulignent son absence de liens avec la communauté locale.

Cependant, sur le terrain, d’anciens voisins et camarades de classe nuancent ce récit. Un ancien collégien se remémore un Bardella « très discret, toujours en chemise, jean et chaussures de ville ». Un autre ancien camarade affirme qu’il « se tenait à l’écart » des bandes de la cité, loin de l’image d’un jeune livré à lui-même dans un environnement difficile.

Jordan Bardella et son storytelling de « cité HLM »

Dans ses interviews, Jordan Bardella ne manque jamais de rappeler : « J’ai grandi dans une cité HLM de Seine-Saint-Denis ». Il soutient avoir été témoin de « trafics dans les cages d’escaliers », d’une « islamisation du quartier » et des « territoires perdus de la République », qu’il compare à « notre Bronx à nous ». Pour le président du RN, ces souvenirs constituent le contexte de son discours sur l’insécurité et l’immigration.

Il est indéniable que les décors décrits existent réellement, avec la cité Gabriel-Péri, ses barres d’immeubles, son trafic et même ses ascenseurs souvent en panne. Mais il convient de préciser que la trajectoire familiale de Jordan Bardella se révèle plus contrastée que le slogan qu’il propose ne le laisse penser. Sa mère, ATSEM, vit avec lui dans un immeuble gardienné avec des espaces verts, tandis que son père, cadre dans une PME, possède également des biens dans le Val-d’Oise, où l’adolescent passait ses week-ends entre un appartement confortable, des voyages aux États-Unis et une voiture offerte à la fin de son adolescence.

Citée HLM ou copropriété privée : ce que révèlent les murs

D’un point de vue administratif, l’immeuble où a grandi Jordan Bardella ne relève pas d’un bailleur social, mais d’une copropriété privée située au sein de la cité. Ce bâtiment, plus cossu, bénéficie d’un gardien et d’espaces verts, une nuance qui change la nature de son récit. L’adresse peut être la même que les tours voisines, mais le statut de son logement et son niveau de sécurité sont significativement différents.

Pour de nombreux habitants de la cité, ce détail a son importance. Dans un reportage, un homme lâche : « Ça fait 20 ans que j’habite ici, je n’ai jamais entendu parler de lui ». Un autre abonde dans ce sens en affirmant : « Dans la cité, on ne le connaît pas ». Bela, un éducateur de la maison de jeunes, résume l’attention de la manière suivante : « Saint-Denis, c’est son fonds de commerce. Il n’avait pas de vie sociale ici ».

« Il n’était pas du tout… » : le regard d’un ancien voisin de Saint-Denis

Face à la caméra, Mamadou, un ancien voisin, se remémore un garçon « poli, discret, qui tenait la porte ». En découvrant l’engagement de Bardella au RN, il explique : « Il n’était pas du tout comme le RN qu’on voit à la télé ». Mamadou estime que s’il était vraiment « de la zone », il aurait « apprécié la population du quartier ». Cette dichotomie entre le regard d’un ancien voisin et le récit du « gamin de HLM » alimente la bataille politique autour de l’enfance de Jordan Bardella, à Saint-Denis, et interroge sur l’authenticité des récits politiques contemporains.

Ce récit d’un homme ayant grandi dans un environnement complexifié par ses nuances pose question quant à la nature des expériences vécues et à leur mise en scène politique. Combien de récits d’enfance cachent des strates complexes ? Le passé peut-il vraiment être jugé à l’aune d’un discours politique ?