Jordan Bardella : une enfance à Saint-Denis entre réalité et récit politique

Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), a souvent évoqué son enfance difficile à Saint-Denis, une banlieue réputée pour ses problèmes sociaux. Dans ses discours, il décrit une jeunesse marquée par la violence, l’insécurité et la délinquance, qui servirait de toile de fond à son discours sur l’immigration et la sécurité. Pourtant, des témoignages d’anciens voisins et camarades viennent nuancer cette image.

EN BREF

  • Jordan Bardella évoque une enfance difficile à Saint-Denis.
  • Des témoignages d’anciens voisins contredisent son récit.
  • Sa trajectoire familiale est plus contrastée que ses déclarations.

Dans une enquête publiée récemment, un ancien camarade de classe décrit Jordan Bardella comme un jeune « très discret, toujours en chemise, jean et chaussures de ville », loin de l’image d’un adolescent livré à lui-même dans un environnement difficile. Un autre ancien voisin affirme qu’il « se tenait à l’écart » des bandes de la cité, contrastant ainsi avec les récits qu’il partage régulièrement dans les médias.

Le président du RN évoque souvent les « trafics dans les cages d’escalier » et l' »islamisation » de son quartier, comparant sa jeunesse à un « Bronx » français. Il utilise ces éléments pour illustrer son discours sur les dangers de l’immigration et de l’insécurité, faisant de son passé un élément central de sa narrative politique.

Si la cité Gabriel-Péri, où a grandi Bardella, présente des caractéristiques typiques des quartiers sensibles, son parcours familial révèle des nuances. Sa mère, employée dans une école maternelle, vit avec lui dans un immeuble gardienné, tandis que son père est dirigeant de PME, propriétaire d’un bien immobilier dans le Val-d’Oise. Cette situation contraste avec l’image de l’enfant démuni qu’il projette.

Sur le plan administratif, l’immeuble où il a grandi ne relève pas d’un bailleur social, mais d’une copropriété privée, bénéficiant de services tels qu’un gardien et des espaces verts. Ce détail, souvent omis, modifie la perception de son récit. Bien que son adresse soit la même que celle des tours voisines, les conditions de vie sont en réalité plus favorables.

Pour les habitants de la cité, la différence est marquante. Un résident déclare : « Ça fait 20 ans que j’habite ici, je n’ai jamais entendu parler de lui », tandis qu’un autre affirme : « Dans la cité, on ne le connaît pas ». Bela, éducateur, résume bien la situation : « Saint-Denis, c’est son fonds de commerce, il n’avait pas de vie sociale ici ».

Un voisin, Mamadou, se souvient d’un adolescent « poli, discret, qui tenait la porte ». La découverte de son engagement politique au RN surprend certains, qui estiment qu’il ne reflète pas l’image d’un jeune issu de cette réalité. « S’il était vraiment de la zone, il aurait aimé la population du quartier », commente-t-il, illustrant le fossé entre le récit personnel de Bardella et la perception de ceux qui l’ont côtoyé.

Alors que Jordan Bardella continue d’utiliser son passé comme un élément clé de sa stratégie politique, les témoignages d’anciens voisins révèlent une réalité plus complexe, mettant en lumière les différences entre l’image qu’il projette et la vie qu’il a réellement menée. Le récit d’une enfance à Saint-Denis reste ainsi au centre des débats et des enjeux politiques qui l’entourent.