Dans un couloir d’école à Liebefeld, près de Berne, un adolescent en survêtement Nike se penche vers son camarade portugais pour lui murmurer un secret. À cette époque, il est connu sous le nom de Pak Un, un élève prétendument fils d’un diplomate nord-coréen. En réalité, il s’agit de Kim Jong-un, qui deviendra le dirigeant de la Corée du Nord.
EN BREF
- Joao Micaelo, ancien camarade, révèle un secret d’enfance de Kim Jong-un.
- Kim Jong-un, alors adolescent, a caché son identité réelle pendant ses années en Suisse.
- Le jeune leader était passionné de basket et d’une culture occidentale qu’il a connue de l’intérieur.
Vingt-cinq ans après ces événements, Joao Micaelo raconte son expérience avec Kim, dévoilant un adolescent obsédé par le basket-ball, jaloux de ses baskets de marque et terrifié à l’idée que son identité soit révélée. Quelle était donc cette confidence qu’il lui avait faite ?
Entre 1998 et fin 2000, Kim Jong-un, âgé d’environ 14 ans, fréquente l’école publique de Liebefeld-Steinhölzli. Officiellement, il est Pak Un, fils d’un employé d’ambassade, bénéficiant d’un coût de scolarité avoisinant les 25 000 francs suisses par an. Cette somme est financée par un régime dont la majorité de la population vit dans la pénurie.
Ce mensonge est une stratégie élaborée par son père, Kim Jong-il, visant à offrir à son héritier une éducation occidentale pour qu’il comprenne le mode de vie de l’ennemi. À Liebefeld, Kim est escorté par un chaperon de l’ambassade, mais il se lie rapidement d’amitié avec ses camarades. Ces derniers se souviennent d’un élève drôle, bon en maths, et loin de l’image d’un adolescent totalement isolé.
Dans sa chambre, les murs sont ornés de posters des Chicago Bulls. Kim Jong-un passe des heures à dessiner son idole, Michael Jordan, et à collectionner des baskets Nike, pour une valeur totale atteignant plusieurs milliers de dollars. Ses amis évoquent aussi ses passions pour les consoles de jeux, les films d’action et les week-ends au ski, activités qui inspireront plus tard la station de ski de Masikryong.
Sur le terrain de basket de l’école, il déteste perdre au point de bouder des heures après une défaite. Un soir, après un match, il prend Joao Micaelo à part et lui confie : « Je ne suis pas le fils de l’ambassadeur, je suis le fils du leader de la Corée du Nord. » Il ajoute immédiatement : « Je te l’ai dit, mais ne le répète jamais à personne », comme l’a rapporté Joao dans une interview.
Après le départ soudain de Kim Jong-un de Liebefeld en 2000, les deux jeunes hommes se retrouvent des années plus tard à Pyongyang, où ils passent quelques jours ensemble, entre matchs de basket et repas officiels. Joao affirme qu’ils ont discuté de la famille sans jamais évoquer de fils, mais seulement d’une fille, ce qui nourrit les doutes sur l’héritier du régime et sur les secrets qui demeurent encore de leur adolescence.
Ce témoignage offre un aperçu fascinant de la vie d’un jeune Kim Jong-un, révélant un personnage complexe, tiraillé entre ses passions adolescentes et le poids d’une identité secrète. En dépeignant ce portrait, Joao Micaelo jette une lumière nouvelle sur les origines de celui qui est devenu l’un des leaders les plus énigmatiques de notre époque.
