La diaspora iranienne en France : entre terreur du régime et impact des bombardements

La situation en Iran suscite une profonde inquiétude au sein de la diaspora iranienne en France. Les récentes manifestations contre la vie chère, suivies du conflit déclenché par Israël et les États-Unis, plongent les Iraniens vivant à l’étranger dans un état d’angoisse permanente. Sina, un Iranien installé en région parisienne, partage son quotidien marqué par un mélange de tristesse, de traumatisme et d’un léger espoir. Pour lui et d’autres membres de la diaspora, la crainte des bombardements est éclipsée par la terreur exercée par le régime iranien.

EN BREF

  • Des Iraniens en France vivent dans l’angoisse de ne pas avoir de nouvelles de leurs proches.
  • La répression du régime est perçue comme une menace plus grande que les bombardements.
  • Les coupures d’Internet compliquent les communications et augmentent l’incertitude.

Sina, dont la famille est entièrement restée en Iran, exprime son désespoir face à l’absence de nouvelles. « J’ai 100 % de ma famille là-bas, et cela crée une angoisse insupportable. » Dans son entourage, de nombreux amis souffrent de dépression et de stress, certains nécessitant un suivi médical. Pour Bernard, un autre membre de la diaspora, la situation est différente, mais tout aussi préoccupante : « Je ne suis pas directement touché, mais mes pensées sont toujours là-bas, ce sont mes racines. » Il évoque sa douleur face aux nouvelles de bombardements touchant des écoles et des sites historiques.

La peur du régime

Les témoignages recueillis révèlent que l’angoisse face aux bombardements est éclipsée par la peur du régime iranien. Fahimeh Ponsonnaille, membre de l’association des femmes iraniennes en France, souligne : « Une partie de mes amis et de ma famille a été exécutée par le régime. La répression est moins visible que les bombes, mais elle tue. » Sina renchérit : « Mes amis ont mille fois plus peur du régime que des bombardements. » Cette peur est justifiée par les chiffres alarmants fournis par l’organisation Iran Human Rights, qui révèle que dix prisonniers politiques ont été exécutés en dix jours, un phénomène alarmant pour son directeur, Mahmood Amiry-Moghaddam.

Le mois de janvier a été particulièrement éprouvant pour Sina, qui évoque des pertes tragiques. « C’était le fond de l’enfer. J’ai perdu un ami touché par des balles et beaucoup de mes amis ont perdu des proches. Je suis convaincu qu’il y a beaucoup plus de 35 000 morts. » Les difficultés à obtenir des nouvelles de leur famille en Iran exacerbent la douleur. Mahan Taraj, juriste et fondatrice du podcast Iran Décrypté, décrit la situation : « C’est le black-out. Le régime a tout coupé. Les contacts sont succincts : ils me disent juste qu’ils sont en vie. »

Le blackout numérique

La coupure d’Internet en Iran, imposée par les autorités, dure depuis près de quarante-cinq jours, marquant un record historique. Selon l’ONG de surveillance de la cybersécurité NetBlocks, cette situation complique gravement les communications. Sina explique : « Parfois, des messages passent, mais les gens ne répondent plus. Certains paient cher pour un VPN, mais c’est sans garantie. » Bernard, quant à lui, parvient à obtenir des nouvelles de sa famille grâce à des contacts indirects.

Les membres de la diaspora expriment une certaine déception vis-à-vis de l’intervention militaire en cours, qu’ils estiment incapable de libérer leur pays du régime oppressif. Fahimeh Ponsonnaille déclare : « La guerre n’a jamais été une solution pour amener la démocratie. » Le consensus est clair parmi les Iraniens en France : il est urgent de mettre un terme aux violences et à la répression, qu’elles proviennent de Netanyahou, de Trump ou des mollahs. « Il y a eu trop de morts », conclut Bernard avec gravité.