Le débat sur l’interdiction de la vente de tabac aux jeunes prend de l’ampleur en France, à la suite d’une législation similaire adoptée au Royaume-Uni. Le 21 avril 2026, le parlement britannique a décidé d’interdire la vente des produits du tabac aux personnes nées après 2008. En France, une proposition de loi portée par le député écologiste Nicolas Thierry vise à établir une interdiction similaire pour les jeunes nés après 2014, avec une mise en œuvre prévue pour 2032. Ce projet soulève des questions sur sa faisabilité et sur les opinions divergentes qu’il suscite.
EN BREF
- Le Royaume-Uni interdit la vente de tabac aux jeunes nés après 2008.
- Une proposition similaire est en discussion en France pour les jeunes nés après 2014.
- Les opinions sur cette mesure varient fortement entre les acteurs de la santé.
Marion Catellin, directrice du collectif Contre Feu, défend l’idée que la France est prête à adopter une telle mesure. Selon elle, les enquêtes montrent que 90 % des adolescents souhaitent vivre dans un monde sans tabac, et 70 % des Français soutiennent cette initiative. La proposition de loi, signée par 38 députés de divers horizons politiques, pourrait bénéficier d’un soutien plus large si elle parvenait à obtenir une centaine de signatures nécessaires pour être inscrite à l’ordre du jour.
Cependant, cette proposition suscite aussi des réticences. Amélie Eschenbrenner, responsable communication du Comité national contre le tabagisme (CNCT), souligne que la France a encore un taux de fumeurs trop élevé, estimé à 18 % contre 10 % au Royaume-Uni. Pour elle, une interdiction brutale de la vente de tabac pourrait échouer dans un pays où le commerce de tabac est relativement libre.
Le CNCT préconise plutôt des mesures progressives, comme une augmentation régulière du prix du paquet de cigarettes, qui devrait atteindre au moins 20 euros, à l’instar du Royaume-Uni. Actuellement, le prix moyen d’un paquet en France est d’environ 13 euros, et une proposition visant à augmenter le prix de 10 % par an a été rejetée par l’Assemblée nationale fin 2025.
Les experts s’accordent à dire qu’il est crucial d’accompagner les fumeurs actuels dans leur tentative d’arrêter. Cela inclut le remboursement total des substituts nicotiniques et un meilleur accès aux consultations chez les tabacologues. Des mesures telles que l’expansion des zones sans tabac et des réglementations plus strictes sur les produits de vapotage sont également jugées nécessaires pour contrer la montée de l’usage de la cigarette électronique, particulièrement chez les jeunes.
La cigarette électronique représente un nouveau défi. Selon Catellin, elle est désormais la première porte d’entrée vers l’addiction à la nicotine, remplaçant la cigarette traditionnelle. Les jeunes perçoivent le vapotage comme tendance, ce qui complique davantage la lutte contre l’addiction.
Les associations anti-tabac militent pour des réglementations similaires à celles du tabac pour les produits de vapotage, notamment la mise en place d’un paquet neutre et l’interdiction de saveurs attractives. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, n’a pas encore pris de position claire sur ces questions, laissant planer un flou sur la direction que prendra la France dans cette lutte contre le tabagisme.
En conclusion, le chemin vers une interdiction de vente de tabac pour les jeunes en France est semé d’embûches, mais il reflète une volonté de transformation des politiques de santé publique. La question demeure : la France est-elle prête à faire ce pas audacieux pour protéger les générations futures ?