Alors que la guerre au Moyen-Orient soulève des inquiétudes quant à l’approvisionnement en carburant, la ministre déléguée à l’Énergie, Maud Bregeon, a rassuré sur la situation en France. Elle a affirmé qu’il n’existe, pour l’heure, « aucun risque de rupture d’approvisionnement » malgré quelques difficultés rencontrées dans certaines stations-service.
EN BREF
- Aucune pénurie signalée pour le moment en France, malgré des ruptures temporaires.
- La majorité des stations à sec sont des TotalEnergies, en raison de prix plafonnés.
- La dépendance de l’Europe au pétrole du Moyen-Orient reste limitée.
Un constat s’impose dans les stations-service françaises : certaines affichent un manque de carburant. Environ 16 % d’entre elles étaient en rupture totale ou partielle le 2 avril, selon des estimations. Toutefois, cette situation temporaire ne traduit pas une crise structurelle. Olivier Appert, conseiller au centre énergie et climat de l’Institut français des relations internationales, souligne qu’« il n’y a pas eu de pénurie physique constatée en Europe à ce jour ».
Les stations-service de TotalEnergies semblent particulièrement touchées, avec plus de 60 % des ruptures notées. Cette situation s’explique par la politique de prix plafonnés mise en place par le groupe depuis le 12 mars, prolongée jusqu’au 7 avril. Thierry Bros, expert en énergies, évoque une « pénurie orchestrée », précisant que cette mesure attire massivement les consommateurs vers les stations affichant des prix plus bas.
Comparativement à l’Asie, où la crise du pétrole est plus aiguë, l’Europe bénéficie d’une situation plus favorable. En effet, seulement 5 % du pétrole brut transitant par le détroit d’Ormuz avant le début du conflit était destiné à l’Europe. Maud Bregeon a également clarifié que les approvisionnements en carburant pour la France proviennent principalement de l’Atlantique, notamment des États-Unis, d’Afrique et du Brésil, et non pas du détroit d’Ormuz.
Les données les plus récentes de l’Insee indiquent que seulement 11,9 % du pétrole brut importé par la France provenait du Moyen-Orient en 2024. Anna Creti, professeure d’économie, confirme que le pays est peu touché par la crise du pétrole brut, mais qu’il existe une exposition plus importante concernant les produits raffinés, 33 % du gazole routier étant importé des pays du Golfe.
La situation en Europe est également favorisée par des cargaisons expédiées avant le début des hostilités, permettant ainsi un approvisionnement continu. Cependant, l’Agence internationale de l’énergie a averti que les pénuries pourraient se faire sentir prochainement. Un rapport de la banque privée JPMorgan prévoit la fin des livraisons de pétrole en provenance du détroit d’Ormuz pour le 10 avril.
Les incertitudes demeurent quant à l’évolution du conflit. Thierry Bros résume : « Tout dépend de la durée du conflit et de la rapidité avec laquelle le détroit d’Ormuz sera libéré ». En effet, l’imprévisibilité des décisions politiques, notamment celles du président américain, accentue cette incertitude. Les récents discours de Donald Trump concernant la situation en Iran et le détroit d’Ormuz soulignent cette tension, laissant planer un doute sur l’avenir.
Dans ce contexte, il est essentiel de suivre l’évolution de la situation. Les conséquences d’un blocage prolongé dans cette région stratégique pourraient avoir un impact significatif sur l’approvisionnement en carburant en France et en Europe. Toutefois, pour l’heure, les réserves stratégiques et la diversification des sources d’approvisionnement semblent préserver la France d’une crise majeure.