Trois ans après le début de la guerre en Ukraine, les importations de gaz naturel liquéfié (GNL) russe continuent d’augmenter en Europe, atteignant des niveaux records. Cette situation se révèle particulièrement paradoxale alors que les pays européens, dont la France, s’efforcent de réduire leur dépendance énergétique envers Moscou. Une étude publiée par le centre de réflexion IEEFA ce mercredi met en évidence une hausse significative des importations de GNL russe dans l’Union européenne, avec une augmentation de 16 % au premier trimestre 2026 par rapport à l’année précédente.
EN BREF
- Les importations de GNL russe en Europe ont augmenté de 16 % au premier trimestre 2026.
- La France est devenue le premier importateur européen de GNL russe, avec un record en janvier.
- La stratégie de l’Europe pour se passer du gaz russe montre ses limites face aux réalités du marché.
Avec 6,9 milliards de mètres cubes importés, le volume atteint en ce début d’année représente le plus haut niveau depuis 2022. Ce bond des importations est notamment porté par la France, l’Espagne et la Belgique. En janvier, la France a enregistré des chiffres qui la placent en tête des importateurs européens de GNL russe, ce qui soulève des questions sur l’efficacité des mesures prises pour réduire la dépendance au gaz russe.
Depuis l’invasion de l’Ukraine, l’Union européenne s’est engagée à diminuer sa dépendance énergétique envers la Russie. Pour remplacer le gaz acheminé par gazoducs, les pays européens ont massivement intensifié leurs achats de gaz liquéfié, principalement transporté par voie maritime. Pourtant, les résultats de cette stratégie semblent contradictoires : malgré des efforts pour diversifier les sources d’approvisionnement, la Russie demeure le deuxième fournisseur de GNL de l’Union européenne.
Parallèlement, les États-Unis, qui pourraient devenir le principal fournisseur de gaz en Europe dès cette année, renforcent leur position sur le marché. Selon les prévisions de l’IEEFA, les importations de gaz américain pourraient atteindre 80 % des besoins européens d’ici 2028, dépassant ainsi celles de la Norvège. Ce renversement de la hiérarchie des fournisseurs souligne les défis auxquels l’Europe fait face pour garantir sa sécurité énergétique tout en se distanciant de la Russie.
Ana Maria Jaller-Makarewicz, analyste à l’IEEFA, souligne que la stratégie européenne en matière de GNL a montré ses limites. « Le GNL est devenu le talon d’Achille de la stratégie de sécurité énergétique de l’Europe », affirme-t-elle. Cette situation expose le continent à des prix élevés et à des risques de perturbations dans l’approvisionnement, d’autant plus que le contexte international, marqué par des tensions au Moyen-Orient, complique encore davantage la sécurité énergétique en Europe.
Les incertitudes qui pèsent sur les marchés mondiaux des hydrocarbures exacerbent les inquiétudes des gouvernements européens. Alors que l’Europe tente de naviguer à travers ces eaux troubles, la question demeure : comment le continent pourra-t-il se protéger efficacement contre les fluctuations du marché tout en respectant ses engagements de transition énergétique ?
En somme, la situation actuelle des importations de GNL russe en Europe met en lumière des paradoxes inquiétants dans la politique énergétique de l’Union. La France, en tête de peloton, illustre les défis auxquels l’Europe doit faire face pour parvenir à une indépendance énergétique réelle et durable.