Le 13 avril 2023, une Ă©tape significative a Ă©tĂ© franchie dans le conflit en Ukraine. Pour la premiĂšre fois, une position russe a Ă©tĂ© conquise sans la prĂ©sence dâun seul soldat sur le terrain, comme lâa affirmĂ© le prĂ©sident ukrainien Volodymyr Zelensky. Cette opĂ©ration a Ă©tĂ© rendue possible grĂące Ă lâutilisation de drones et de robots terrestres, permettant aux forces ukrainiennes de rĂ©aliser lâattaque sans pertes humaines. Ce fait marquant soulĂšve des questions sur lâĂ©volution des conflits modernes et lâutilisation croissante de technologies militaires autonomes.
EN BREF
- Pour la premiÚre fois, une position russe a été prise en Ukraine sans soldats sur le terrain.
- Les drones et robots militaires deviennent des outils clés pour les opérations militaires.
- Des questions éthiques émergent sur la responsabilité des machines en guerre.
La transformation des mĂ©thodes de guerre est dĂ©jĂ frappante. Selon les dĂ©clarations de Zelensky, quatre frappes ukrainiennes sur cinq reposent actuellement sur des drones de combat. DĂ©but 2026, l’industrie ukrainienne a annoncĂ© une capacitĂ© de production de 8 millions de drones par an, illustrant la montĂ©e en puissance des technologies autonomes. En parallĂšle, la Russie a Ă©galement intensifiĂ© ses opĂ©rations, enregistrant un record de 6 583 drones lancĂ©s sur l’Ukraine en un seul mois dâavril.
Les partisans de ces technologies avancent quâelles contribuent Ă rĂ©duire le nombre de victimes collatĂ©rales grĂące Ă leur prĂ©cision. Des drones et robots, souvent conçus comme des vĂ©hicules de reconnaissance ou d’Ă©vacuation, jouent un rĂŽle crucial dans des missions telles que le sauvetage de blessĂ©s ou le dĂ©minage, Ă©vitant ainsi dâexposer des soldats Ă des situations Ă risque.
Ă titre d’exemple, l’armĂ©e ukrainienne a dĂ©ployĂ© un robot terrestre pour secourir une femme ĂągĂ©e blessĂ©e lors de bombardements. Emmanuel Goffi, professeur d’Ă©thique appliquĂ©e Ă l’IA Ă l’Isep, constate : « Le fait quâil y ait moins de victimes grĂące aux armes autonomes, câest vrai dans une premiĂšre phase de conflit. Toutefois, sur la durĂ©e, la situation pourrait se compliquer, entraĂźnant des dĂ©gĂąts Ă©conomiques et psychologiques plus importants. »
Cependant, cette Ă©volution technologique soulĂšve Ă©galement des questions Ă©thiques. Raja Chatila, professeur Ă©mĂ©rite Ă Sorbonne UniversitĂ©, souligne que la responsabilitĂ© devient floue lorsque des machines prennent des dĂ©cisions autonomes. « Quand un ĂȘtre humain dĂ©signe une cible, la responsabilitĂ© est claire. Mais dĂšs quâune machine intervient, qui est responsable ? Est-ce le chef dâĂtat qui a autorisĂ© la technologie, le concepteur ou lâarmĂ©e ? »
Goffi nuance cette perspective en affirmant que « dĂ©terminer la responsabilitĂ© a priori ne sert Ă rien. La responsabilitĂ© doit ĂȘtre Ă©valuĂ©e a posteriori : qui a pris quelles dĂ©cisions et Ă©tait bien informĂ© ? » Il met Ă©galement en garde contre un risque politique majeur : lorsque les pertes humaines diminuent, les gouvernements peuvent agir sans rendre de comptes Ă leurs citoyens. Cela pourrait conduire Ă des guerres silencieuses, sans l’opinion publique pour influencer les dĂ©cisions.
Actuellement, aucun traitĂ© international ne rĂ©gule l’usage des armes lĂ©tales autonomes, et bien qu’aucun Ătat ne revendique leur utilisation, la frontiĂšre entre contrĂŽle humain et autonomisation devient de plus en plus floue. Dans certains cas, les frappes aĂ©riennes bĂ©nĂ©ficient dâun guidage autonome en raison de systĂšmes de brouillage. De plus, l’intelligence artificielle s’intĂšgre dans les processus dĂ©cisionnels militaires. Ă Gaza, par exemple, le systĂšme « Lavender » de l’armĂ©e israĂ©lienne Ă©value la probabilitĂ© qu’un individu soit liĂ© Ă un groupe armĂ©, proposant ensuite des cibles Ă Ă©liminer.
En revanche, lâidĂ©e dâune guerre entre armĂ©es de robots, Ă la maniĂšre de la science-fiction, est discutable. Chatila affirme quâune guerre robot contre robot nĂ©cessite toujours des objectifs dĂ©finis et des interactions humaines au terme du conflit. De plus, lorsque des populations sont ciblĂ©es par des algorithmes, cela reprĂ©sente une humiliation et une forme de guerre psychologique. « Ce nâest pas une bonne façon de prĂ©parer la paix. Cela nourrit un esprit de revanche », conclut-il.
En somme, la guerre sans humains semble se transformer en une guerre contre des humains, mettant en lumiĂšre les dĂ©fis Ă©thiques et politiques que pose l’essor des technologies militaires autonomes.