La moitié des pères favorables aux punitions corporelles pour l’éducation des enfants

Malgré l’interdiction des violences éducatives ordinaires depuis la loi de 2019, une enquête récente met en lumière des attitudes persistantes au sein des familles françaises. Réalisée par la Fondation pour l’enfance et l’équipe de recherche Prévéo, cette étude révèle que de nombreux parents continuent d’utiliser des méthodes d’éducation controversées. L’enquête, effectuée auprès de plus de 1 000 parents d’enfants âgés de 0 à 17 ans, en partenariat avec l’Ifop, souligne des résultats alarmants : 83 % des parents ont eu recours à des violences verbales ou psychologiques l’année écoulée, tandis que 37 % admettent avoir employé des violences physiques.

EN BREF

  • 83 % des parents ont utilisé des violences verbales ou psychologiques l’an dernier.
  • Quatre hommes sur dix approuvent les punitions corporelles pour certains enfants.
  • La perception des punitions corporelles varie selon le comportement de l’enfant.

Les violences éducatives ordinaires englobent une large gamme de comportements allant des violences verbales, comme crier ou humilier, aux violences physiques telles que pincer ou frapper. La Fondation pour l’enfance alerte sur les conséquences néfastes que ces méthodes peuvent avoir sur le développement psychoaffectif et cognitif des enfants. Cette enquête, qui représente la troisième depuis 2022, montre une stagnation inquiétante des comportements violents dans l’éducation, malgré les efforts de sensibilisation.

Des écarts marqués entre pères et mères

Les résultats de l’enquête mettent en évidence des différences notables entre les avis des pères et des mères. En effet, 40 % des hommes estiment que certains enfants ont besoin de punitions corporelles pour apprendre à bien se comporter, contre seulement 25 % des femmes. De plus, 46 % des pères jugent acceptable d’infliger une punition corporelle lorsque l’enfant se montre violent, tandis que ce chiffre n’est que de 33 % chez les mères. Cette tendance, en faveur des punitions corporelles parmi les hommes, semble s’accentuer par rapport à l’enquête de 2024, ce qui interpelle les spécialistes.

Joëlle Sicamois, directrice de la Fondation pour l’enfance, avance plusieurs pistes pour expliquer cette évolution. Selon elle, l’éducation positive, souvent perçue comme culpabilisante, a été critiquée ces dernières années, ce qui pourrait avoir résonné particulièrement chez les pères. Par ailleurs, la montée du masculinisme chez les jeunes Français pourrait également renforcer cette acceptation des punitions physiques.

Le facteur de transmission et la légitimité des punitions

Un autre aspect souligné par Joëlle Sicamois est le « facteur de transmission » : les personnes ayant subi des violences dans leur enfance sont plus susceptibles d’en infliger à leur tour. Cette réalité est souvent exacerbée par des stéréotypes de genre qui considèrent comme plus acceptable qu’un garçon utilise la violence. La Fondation pour l’enfance insiste ainsi sur la nécessité d’une politique de sensibilisation qui prenne en compte les différentes perceptions de l’autorité et de l’éducation.

En dépit de l’évolution des mentalités, certaines pratiques restent perçues comme légitimes. Par exemple, 30 % des parents estiment que la fessée est parfois le seul moyen de se faire obéir, tandis que 25 % la jugent efficace pour éduquer. Environ 22 % des parents ont eu recours à la fessée au cours des douze derniers mois. La perception de l’acceptabilité de ces punitions varie également selon le comportement de l’enfant : 39 % des parents trouvent acceptable une punition corporelle si l’enfant est jugé violent, contre 21 % pour un enfant désobéissant.

Face à ces chiffres, il apparaît essentiel d’engager un dialogue constructif sur l’éducation des enfants, en tenant compte des évolutions sociétales et des nouvelles approches éducatives qui privilégient le respect et la bienveillance.