La Norvège intensifie ses efforts pour l’exploitation gazière en Arctique face aux tensions au Moyen-Orient

Dans un contexte de tensions exacerbées au Moyen-Orient, la Norvège cherche à renforcer sa position en tant que fournisseur de gaz pour l’Europe. Suite à la guerre en Ukraine, le pays nordique est devenu un acteur clé sur le marché européen, et son gouvernement redouble d’efforts pour convaincre Bruxelles d’autoriser de nouvelles explorations gazières en Arctique.

EN BREF

  • La Norvège veut exploiter de nouveaux gisements de gaz en Arctique.
  • Les tensions au Moyen-Orient renforcent les arguments norvégiens sur la sécurité des approvisionnements.
  • La Commission européenne maintient son moratoire sur l’extraction d’hydrocarbures dans la région.

La Norvège, devenue le principal fournisseur de gaz de l’Europe en raison de la situation en Ukraine, met en avant la nécessité d’exploiter ses ressources gazières en Arctique. Dans cette optique, le pays souligne la vulnérabilité des approvisionnements en provenance du Moyen-Orient, notamment suite aux blocages du détroit d’Ormuz par l’Iran qui perturbent les livraisons de pétrole et de gaz.

Actuellement, la Commission européenne est en train de réviser sa stratégie arctique, qui a été présentée en 2021. Cette stratégie engage l’UE à soutenir un moratoire international sur l’extraction d’hydrocarbures dans la région. Cependant, la Norvège, bien qu’elle ne soit pas membre de l’UE, utilise cette période pour faire valoir ses arguments en faveur d’approvisionnements stables et sûrs.

« Ils exploitent la situation pour faire pression », déclare Anne Karin Sæther, responsable de programme à la Fondation norvégienne pour le climat. Selon elle, la Norvège cherche à convaincre les décideurs européens que ses ressources gazières constituent une alternative fiable face aux incertitudes géopolitiques actuelles.

Avant la clôture de la consultation publique de la Commission européenne, Oslo continue de promouvoir les avantages d’une coopération énergétique avec un pays démocratique et en paix. Le ministre norvégien de l’Énergie, Terje Aasland, affirme que « les prix auraient été beaucoup plus élevés » sans le gaz norvégien, et que la guerre au Moyen-Orient ne doit pas influencer les décisions concernant les activités gazières dans le Nord.

La Norvège dispose actuellement de seulement deux gisements de gaz en dehors du cercle polaire : Snøhvit et Aasta Hansteen. Néanmoins, le gouvernement norvégien a proposé d’ouvrir 70 nouveaux blocs à l’exploration, dont plus de la moitié se situent dans les eaux arctiques de la mer de Barents.

Les représentants syndicaux norvégiens soutiennent également cette initiative, arguant que l’exploitation de ces ressources est essentielle pour l’emploi et la pérennité des populations dans le Nord du pays. Selon eux, cela pourrait aussi renforcer la sécurité face à la Russie.

Pourtant, des voix s’élèvent contre cette volonté d’augmentation de l’exploration gazière. Karoline Andaur, secrétaire générale de WWF Norvège, rappelle que même si l’UE abandonne son projet de moratoire, il faudra des décennies avant que de nouvelles activités pétrolières et gazières dans l’Arctique ne soient mises en production.

La révision de la stratégie arctique de la Commission européenne devrait être publiée au troisième trimestre. À ce stade, la Commission maintient que sa position sur le moratoire n’a pas changé, bien que des compromis et concessions soient redoutés. Rystad Energi, un cabinet de conseil norvégien, propose même d’exclure la mer de Barents de la définition de l’Arctique retenue par l’UE, une suggestion jugée dangereuse par certains experts en climat.

Anne Karin Sæther souligne les objections d’ordre climatique et environnemental, rappelant que les gisements actuellement exploités suffisent à répondre à la demande tout en respectant les objectifs climatiques. De plus, la proximité avec la Russie pose des défis sécuritaires, car la mer de Barents pourrait devenir une cible pour Moscou, mettant ainsi en danger non seulement la Norvège mais aussi l’Europe.

Alors que la Norvège intensifie ses efforts pour l’exploitation gazière en Arctique, la question de la durabilité et de la sécurité des ressources énergétiques demeure au cœur des préoccupations. La dynamique actuelle pourrait influencer les décisions futures de l’UE concernant ses approvisionnements en gaz et en pétrole.