Une étude récemment publiée par le Haut-commissariat au Plan met en lumière les conséquences profondes de la pauvreté vécue durant l’adolescence sur l’avenir professionnel des jeunes. Intitulée « La pauvreté en héritage », cette recherche suit le parcours de plus de 18 000 élèves entrés en sixième en 2007 jusqu’à leurs 26-27 ans en 2023, soulignant les liens entre conditions socio-économiques et opportunités professionnelles.
EN BREF
- Exposition accrue à la pauvreté dès l’entrée au collège augmente les risques de décrochage.
- Les femmes touchées par la pauvreté sévère sont plus diplômées mais souffrent d’insertion professionnelle difficile.
- Des interventions précoces sont nécessaires pour réduire les inégalités liées à la pauvreté.
Selon l’étude, la pauvreté à l’entrée au collège a un impact direct sur les trajectoires scolaires et professionnelles. Plus l’exposition à cette pauvreté est significative, plus les risques de décrochage scolaire, d’insertion professionnelle difficile et de bas salaires à l’âge adulte se multiplient. Ce constat est particulièrement alarmant pour les femmes, qui, malgré un niveau de diplôme souvent plus élevé, rencontrent des obstacles plus importants sur le marché du travail.
À la rentrée 2007-2008, 55,6 % des élèves étudiés ne faisaient face à aucune vulnérabilité, tandis que 10,1 % souffraient de « pauvreté sévère », cumulant plusieurs vulnérabilités. Ces jeunes grandissent fréquemment dans des environnements familiaux défavorisés, marqués par la monoparentalité (49 % contre 6 % chez les élèves non pauvres) et un faible niveau de diplôme chez les parents. Pour près de la moitié des élèves en situation de pauvreté sévère, le diplôme le plus élevé des parents est le brevet, contre seulement 5 % chez ceux qui ne sont pas exposés.
Les conséquences de ces inégalités se traduisent dans les parcours scolaires. Près de 40 % des jeunes ayant connu une pauvreté sévère quittent le système éducatif sans baccalauréat, alors que ce chiffre n’est que de 10 % parmi les élèves non exposés. À 26-27 ans, 28 % de ces jeunes se retrouvent dans la catégorie NEET (ni en emploi, ni en études, ni en formation), contre 10 % parmi les non-pauvres. Parmi ceux qui travaillent, près d’un tiers se situe dans le quintile des salaires les plus bas.
Un des points saillants de cette étude est le « paradoxe de la surpqualification féminine ». Malgré des conditions de pauvreté initiale similaires, les femmes atteignent des niveaux de diplôme plus élevés que les hommes. Cependant, elles se heurtent à des perspectives d’emploi plus défavorables : un tiers des femmes ayant connu une pauvreté sévère sont NEET, contre 23,4 % des hommes. La parentalité joue un rôle crucial, éloignant plus nettement les femmes du marché du travail.
Les résultats de cette étude mettent en avant trois mécanismes principaux qui expliquent la persistance de la pauvreté : des niveaux de diplôme plus faibles, une parentalité plus fréquente et des opportunités d’emploi locales limitées. Ces facteurs s’enchaînent, accentuant le risque d’être NEET à l’entrée dans l’âge adulte.
Clément Peruyero, l’auteur de cette étude, conclut en soulignant l’urgence d’une réflexion sur les leviers d’action publique. Il plaide pour des interventions précoces, un investissement accru dans l’enfance et des politiques visant à réduire les inégalités liées à la parentalité et aux conditions du marché du travail.
Les résultats de cette étude appellent à une prise de conscience collective sur l’impact de la pauvreté sur les jeunes, et sur les mesures à mettre en œuvre pour garantir un avenir professionnel équitable pour tous.