À Kaboul, Samira Muhammadi revit chaque jour la douleur de la perte de son fils, Aref Khan, tué dans un bombardement. Ce drame, qui a frappé un centre médical, a laissé de nombreuses familles dans le désespoir et la colère. Samira, comme d’autres, appelle à une enquête internationale pour comprendre les circonstances de cette tragédie.
EN BREF
- Samira Muhammadi pleure son fils, tué lors d’un bombardement à Kaboul le 16 mars.
- Elle réclame une enquête internationale pour justice après des frappes sur un hôpital.
- Des ONG et des experts demandent des comptes au Pakistan sur cette tragédie.
Le 16 mars, vers 21 heures, un bombardement pakistanais a ravagé un centre médical à Kaboul, qui accueillait des centaines de personnes en difficulté. Les autorités talibanes ont signalé 411 morts, mais les estimations varient. Des sources onusiennes évoquent au moins 250 personnes décédées et 100 blessées, tandis que d’autres restent disparues.
Samira Muhammadi, veuve de 43 ans, se souvient de son fils, Aref, qui avait 20 ans lorsqu’il a été tué. Il était en traitement pour sa dépendance aux méta-amphétamines, qu’il avait développée en Iran. Samira raconte comment, après avoir été expulsés d’Iran, elle et ses enfants avaient cherché à reconstruire leur vie à Kaboul. Aref, comme son frère aîné, faisait des petits boulots pour subvenir aux besoins de la famille.
Le jour de son décès, Samira avait apporté à manger à son fils au Camp Omid, où il était interné. « J’étais assise avec lui, j’ai fait une vidéo », se remémore-t-elle. Elle se souvient de son optimisme, pensant sortir rapidement du centre. La tragédie s’est abattue peu après, lorsque le bombardement a frappé, détruisant toutes ses illusions.
« Dans une guerre, les cibles militaires devraient être prioritaires. Pourquoi le Pakistan a-t-il attaqué un hôpital ? » interroge-t-elle. Sa question résonne dans un contexte où plusieurs ONG, dont Médecins du Monde, dénoncent cette attaque inacceptable sur des infrastructures médicales, appelant à une enquête indépendante.
Les organisations de défense des droits humains, telles qu’Amnesty International et Human Rights Watch, s’interrogent également sur la responsabilité du Pakistan dans ce bombardement. Richard Bennett, rapporteur spécial de l’ONU pour l’Afghanistan, souligne que les États doivent rendre des comptes lorsque des civils sont touchés. Kenneth Roth, ancien directeur de Human Rights Watch, insiste sur la nécessité de comprendre les motivations derrière cette attaque, qu’il qualifie d’« inacceptable ».
Le gouvernement taliban affirme avoir ouvert le site à la presse, aux diplomates et aux ONG, tout en promettant de partager les preuves. Toutefois, la confiance des proches des victimes semble s’orienter davantage vers les institutions internationales, alors que les tensions entre l’Afghanistan et le Pakistan persistent.
Les accusations d’Islamabad à l’encontre de Kaboul, concernant l’accueil de combattants du Tehrik-i-Taliban Pakistan (TTP), aggravent encore les relations entre les deux pays. La mission des Nations unies en Afghanistan, l’Unama, a le mandat d’examiner les impacts de la guerre sur les civils, mais les enquêtes peuvent prendre du temps, surtout pour des événements ayant causé un grand nombre de victimes.
« Si l’enquête démontre une attaque intentionnelle ou imprudente, cela pourrait conduire à des poursuites », précise Kenneth Roth. Cependant, les chances que de telles poursuites aient lieu au Pakistan ou à la Cour pénale internationale restent faibles, laissant les victimes dans l’incertitude.
En dépit de cette situation désespérée, Samira Muhammadi refuse d’abandonner. « Nous devons élever la voix pour que justice soit faite. Nous ne pouvons pas revivre la même douleur », conclut-elle, déterminée à faire entendre son appel à la justice, au nom de son fils et des nombreuses victimes de ce bombardement tragique.