La guerre en Ukraine a des conséquences visibles et invisibles. Si les destructions matérielles sont souvent mises en avant, l’impact sur la santé mentale des habitants est tout aussi préoccupant. Le stress, le deuil et l’incertitude deviennent des compagnons quotidiens pour une population en proie à un conflit ouvert. En effet, la demande de soutien psychologique dépasse largement les ressources disponibles, malgré l’existence d’organisations étatiques et humanitaires sur le terrain. Une évaluation menée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en 2024 révèle que 68 % des Ukrainiens rapportent une détérioration de leur état de santé mentale par rapport à la période d’avant-guerre.
EN BREF
- 68 % des Ukrainiens ressentent une détérioration de leur santé mentale depuis le conflit.
- 46 % de la population souffre de problèmes de santé mentale liés à la guerre.
- Les ONG peinent à répondre à une demande de soutien psychologique en forte augmentation.
La santé mentale est devenue une préoccupation majeure, touchant 46 % de la population. La situation est d’autant plus complexe que, selon Victoria Perez, une collaboratrice de Handicap International, « presque tout le monde en Ukraine connaît quelqu’un qui est parti ou qui est en première ligne ». Cette proximité avec le danger génère un stress constant et une inquiétude pour les proches. Les crises de panique, provoquées par les bombardements et les attaques, frappent toutes les régions du pays, et la tension augmente à mesure que l’on se rapproche de la ligne de front.
Les combats perturbent également la vie quotidienne, notamment les services de santé et sociaux, laissant les personnes âgées et les personnes en situation de handicap dans une grande précarité. Les difficultés d’accès aux soins et à la santé mentale se cumulent à un manque de ressources financières. « Si l’on dispose de peu de revenus et que l’on n’a pas accès aux soins de santé, la situation devient vraiment difficile », souligne Victoria Perez.
Le quotidien des Ukrainiens est marqué par des coupures d’électricité fréquentes, surtout en hiver, et des alertes aériennes constantes. Jeremy Fusco, responsable de la mise en œuvre des soins de santé mentale pour Médecins Sans Frontières (MSF) en Ukraine, affirme qu’il est difficile pour quiconque, confronté à la violence du conflit, de mener une vie semblable à la normale. La peur d’être déplacé ajoute une couche d’angoisse pour les populations vivant près de la ligne de front.
Les pertes humaines et la disparition de proches dans les bombardements représentent des blessures émotionnelles profondes pour de nombreux Ukrainiens. Le départ de membres de la famille ou d’amis, ainsi que la perte de leur maison ou de leur communauté, sont des sujets de douleur persistante. Victoria Perez évoque des conditions de vie précaires, où certaines personnes passent leur temps dans des logements temporaires, souvent prolongés indéfiniment.
Dans ce contexte de guerre, les Ukrainiens ressentent aussi des deuils psychologiques, liés à des pertes d’espoir et d’avenir. Les témoignages recueillis par les bénévoles de l’ONG montrent que la normalisation de ces sentiments est une des priorités. Victoria Perez souligne que de nombreuses personnes éprouvent de la culpabilité pour leur tristesse, même sans avoir subi de perte directe. « Il est normal et acceptable de ressentir du chagrin pour sa communauté ou son ancienne vie », assure-t-elle.
Il est également fréquent que certains Ukrainiens aient des moments de joie, malgré le contexte difficile, mais ces instants peuvent être accompagnés de culpabilité. Victoria Perez tente de rassurer ces individus : « Vous n’avez pas à vous sentir coupable de ne pas être triste tout le temps ». Elle encourage ceux qui passent une bonne journée à célébrer ce moment, soulignant l’importance de trouver un équilibre entre les émotions.
Malheureusement, la stigmatisation et le sentiment d’illégitimité empêchent beaucoup d’entre eux de rechercher un soutien psychologique, ce qui pourrait avoir des répercussions sur plusieurs générations. La prise de conscience de l’importance de la santé mentale est cruciale dans cette période de conflit, afin d’éviter que ces traumatismes ne s’installent durablement dans la société ukrainienne.