Alors que l’Ukraine continue de faire face à l’invasion russe, l’armée ukrainienne se trouve confrontée à un défi majeur : le manque de soldats. Pour remédier à cette situation, elle se tourne vers une modernisation de ses méthodes de formation, visant à attirer et préparer les nouvelles recrues dans un contexte de guerre prolongée.
EN BREF
- L’armée ukrainienne modernise ses formations pour surmonter un déficit de soldats.
- Les nouvelles méthodes d’entraînement incluent des parcours psychologiques et une augmentation de la durée des formations.
- Malgré les efforts, les désertions et la réticence à s’enrôler persistent.
Au cœur des vastes terrains d’entraînement militaire ukrainiens, le bruit des armes et les cris des recrues résonnent, tandis qu’elles suivent un programme intensif de préparation. Ces jeunes soldats, mobilisés pour combattre l’armée russe, font face à un défi de taille : la motivation. Selon un instructeur, connu sous le nom de code Alex, « il faut avoir de la motivation » pour réussir dans ce milieu exigeant. L’armée ukrainienne a récemment accordé un accès limité à l’AFP pour observer ces formations.
Depuis le début de l’invasion par Moscou en 2022, l’engouement pour le recrutement militaire a considérablement diminué. À l’époque, des volontaires se pressaient aux bureaux de recrutement, mais aujourd’hui, la majorité des nouvelles recrues sont des mobilisés. Cette transformation s’accompagne d’une réticence croissante à s’engager, alimentée par la peur pour sa vie et une durée de service indéterminée.
La situation est aggravée par des pratiques héritées de l’époque soviétique, telles que la bureaucratie rigide et les attitudes de certains commandants, accusés de considérer les soldats comme de la « chair à canon ». L’instructeur Bouk, âgé de 28 ans, souligne que « les gens ont moins envie d’apprendre » en raison de leurs craintes et appréhensions.
Face à cette crise de recrutement, le ministre de la Défense, Mykhaïlo Fedorov, un réformateur issu du secteur numérique, a annoncé des changements importants dans le processus de mobilisation. Cela inclut des contrats améliorés et une rémunération plus attrayante pour les troupes d’infanterie et d’assaut. De plus, les méthodes de formation des unités les plus performantes, telles que le 3e Corps d’armée et le Corps « Khartia », sont en cours de déploiement à l’ensemble de l’armée.
Les nouvelles formations, dont la durée a été étendue de 30 à 51 jours, intègrent un parcours dit « psychologique ». Ce parcours met les recrues dans des conditions de stress simulées, avec des bruits de bataille diffusés par des haut-parleurs, tandis qu’elles sont poussées à franchir des obstacles. L’accent est mis sur la nécessité d’une réponse rapide et efficace en situation de combat. Un instructeur explique que « la formation a changé radicalement » et qu’elle continue de s’adapter aux nouvelles réalités du champ de bataille.
Cependant, malgré ces efforts, la mobilisation militaire en Ukraine reste controversée. Accusations d’injustice, de corruption et d’abus sont fréquentes. Avec une armée comptant environ 900 000 soldats et mobilisant entre 30 000 et 35 000 hommes chaque mois, les désertions représentent un problème majeur. Plus de 230 000 procédures pénales ont été lancées contre des soldats ayant déserté depuis le début de l’invasion.
Lors des exercices de formation, des scénarios complexes sont mis en place, tels que l’évacuation de soldats d’une voiture touchée par un drone, le tout sous une atmosphère de simulation intense. Les instructeurs, tout en maintenant une approche ferme, adoptent un ton respectueux, expliquant les erreurs commises et les leçons à tirer. Dans un cadre plus calme, un prêtre bénit les commandants, ajoutant une dimension spirituelle à l’entraînement militaire.
Marin, un jeune mobilisé, témoigne de son expérience, admettant que la formation se déroule mieux qu’il ne l’avait imaginé. Ayant été recruté de manière inattendue, il raconte que les premiers jours ont été les plus difficiles, mais qu’il a rapidement accepté sa situation. Il souligne le « calme » qui règne durant l’entraînement, une surprise pour lui.
Les officiers notent que l’écoute des recrues est désormais essentielle. L’instructeur Bouk affirme que « c’est la clé de la survie ». Il souligne l’importance d’apprendre des erreurs et d’analyser l’expérience de combat pour éviter des pertes inutiles. Toutefois, malgré les progrès réalisés, les instructeurs reconnaissent que des défis persistent. Les standards de formation varient d’un centre à l’autre, et certaines unités continuent de faire face à des désertions massives. « Il reste encore beaucoup à faire », conclut un instructeur sous couvert d’anonymat, révélant ainsi l’ampleur des défis qui demeurent.