Le procès concernant l’assassinat de Samuel Paty continue de faire couler de l’encre, notamment à travers les témoignages présentés devant la cour d’assises spéciales de Paris. Ce vendredi, Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, a apporté un éclairage controversé sur la campagne de haine qui a précédé le meurtre de l’enseignant. Dans un témoignage écrit, l’ancien coordinateur antiterroriste a déclaré que cette campagne ne l’exposait pas « nécessairement » à un danger de mort.
EN BREF
- Laurent Nuñez affirme qu’une désignation publique ne met pas en danger la sécurité d’une personne.
- Ce témoignage est perçu comme déterminant par la défense d’Abdelhakim Sefrioui.
- Le procès se poursuit, le verdict est attendu le 28 février.
À la question d’une partie civile sur les conséquences d’une désignation publique visant à stigmatiser une personne, Nuñez a répondu de manière claire : « Non, cela ne l’expose pas nécessairement à un danger grave pour sa sécurité ». Cette affirmation a suscité des réactions mitigées, notamment de la part des avocats des parties civiles, qui ont exprimé leur consternation face à un tel argument.
Me Vincent Brengarth et Me Colomba Grossi, avocats de Sefrioui, ont souligné l’importance de ce témoignage pour leur défense. Ils soutiennent que l’accusation doit prouver un lien direct entre la campagne de haine lancée par Sefrioui et Chnina et l’assassinat de Paty, survenu le 16 octobre 2020. Les deux hommes avaient été condamnés en première instance pour association de malfaiteurs terroriste, après avoir incité à la violence à travers une « fatwa numérique » qui visait l’enseignant.
En effet, le professeur Samuel Paty avait été assassiné par Abdoullakh Anzorov, un jeune homme de 18 ans, après avoir montré des caricatures du prophète Mahomet lors d’un cours sur la liberté d’expression. Anzorov a agi sans lien direct avec les accusés, mais la cour d’assises a jugé que la diffusion de l’identité de Paty avait créé un climat propice à cet acte de violence.
Nuñez a également évoqué le contexte dans lequel l’événement a eu lieu. Il a rappelé qu’à cette époque, la France faisait face à une menace accrue, alimentée par la réouverture du procès des attentats de janvier 2015 et la republication par Charlie Hebdo de caricatures controversées. En réponse à une question sur la dangerosité de cibler une personne dans un tel climat, il a reconnu que la menace était constante, mais a précisé que le danger ne provenait pas uniquement du contexte, mais aussi de la manière dont la désignation avait été effectuée.
Ce témoignage a suscité des débats au sein de la salle d’audience. Les avocats de la défense ont insisté sur le fait que les autorités avaient la responsabilité d’anticiper les conséquences d’une telle campagne, tandis que les parties civiles ont fait valoir qu’une incitation à la haine dans un contexte aussi sensible ne pouvait pas être ignorée.
Depuis le début du procès, la défense de Sefrioui met en avant deux axes. Le premier s’efforce de démontrer que son client croyait sincèrement que les actions de Paty stigmatisaient les élèves musulmans. Le second axe, plus juridique, questionne la capacité à établir une culpabilité pour association de malfaiteurs terroriste sans preuve d’une intention ou d’une connaissance d’un projet d’attentat.
Deux proches d’Anzorov sont également rejugés aux côtés de Sefrioui et Chnina, ayant été condamnés en première instance pour complicité d’assassinat. L’issue de ce procès est attendue avec impatience, le verdict étant prévu pour le 28 février.