Le ballet « Noureev », autrefois banni en Russie pour des motifs jugés trop « LGBT », s’apprête à faire son grand retour sur scène à Berlin. Cette production, dirigée par le metteur en scène russe Kirill Serebrennikov, se déroulera au Deutsche Oper. Elle incarne à la fois un acte de résistance et une célébration de la liberté artistique.
EN BREF
- Le ballet « Noureev » sera présenté à Berlin après avoir été interdit en Russie.
- Kirill Serebrennikov, exilé à Berlin, a remonté le spectacle presque à l’identique.
- David Soares incarne Rudolf Noureev, mettant en avant la liberté et l’identité artistique.
Le danseur brésilien David Soares, âgé de 28 ans, incarne Rudolf Noureev, une figure emblématique de la danse qui a fui la Russie en 1961 pour trouver refuge en France. Interdit en 2023 par les autorités russes, ce ballet évoque la vie tumultueuse de Noureev, mort en 1993 des suites du sida. Alors que des milliers de Russes continuent de fuir leur pays, Berlin s’affirme comme la nouvelle capitale de l’opposition russe.
La première représentation de « Noureev » a eu lieu en décembre 2017 au Bolchoï, mais Serebrennikov, alors assigné à résidence, n’a pas pu y assister. Le 21 mars prochain, le ballet sera présenté au public berlinois pour la première fois hors des frontières russes. Cette initiative souligne l’importance de la liberté d’expression dans un contexte où la répression culturelle s’est intensifiée sous le régime de Vladimir Poutine, notamment après l’invasion de l’Ukraine.
Kirill Serebrennikov, reconnu pour son travail innovant, a déclaré que le message du ballet à destination du public occidental reste pertinent : « Nous vivons une époque où la liberté fait défaut ». À travers la représentation de Noureev, il espère inspirer une lutte contre la banalité et l’uniformité qui prévalent dans la société actuelle.
Le spectacle intègre des éléments autobiographiques de la vie de Noureev, notamment son homosexualité, qui est un thème central de la production. Les scènes où il se trouve entouré de danseurs en talons hauts symbolisent sa quête de liberté et son émancipation personnelle. Cette approche audacieuse a suscité des réactions vives de la part des autorités russes, notamment lors de la tentative avortée de présentation du ballet à Moscou.
Au Deutsche Oper, le portrait iconique de Noureev, pris par Richard Avedon, sera enfin présenté, une pièce manquante lors de la première russophone. Ce détail, bien que symbolique, souligne les défis auxquels le ballet a fait face dans son passé. David Soares, qui a commencé sa carrière à Moscou, reconnaît la complexité d’incarner une telle légende : « C’est plus qu’une star du ballet, c’est un personnage. » Il s’est préparé en se plongeant dans des interviews de Noureev et en s’inspirant de ses proches.
Pour David Soares, chaque représentation est une occasion de rendre hommage à un artiste qui a révolutionné la danse masculine. « Noureev a appris au public à voir le ballet d’une nouvelle manière », souligne-t-il. À travers son interprétation, il espère capturer l’esprit de l’artiste et transmettre sa vision unique de la danse.
En somme, « Noureev » à Berlin symbolise non seulement une renaissance artistique, mais également une déclaration audacieuse de liberté en réponse à la censure. En réunissant des artistes exilés autour de cette œuvre, Kirill Serebrennikov et David Soares mettent en lumière l’importance de la créativité face à la répression.