Le château du Tournepuits transformé en logements sociaux : un projet controversé à Guînes

La France, riche de ses châteaux, en compte plus de 45 000 sur son territoire. Parmi eux, des monuments emblématiques tels que Chambord ou Chenonceau, classés au patrimoine mondial de l’UNESCO, illustrent un passé glorieux. Cependant, de nombreux châteaux tombent aujourd’hui en ruine, faute de moyens pour des travaux de restauration onéreux. Dans ce contexte, certaines municipalités prennent les choses en main, comme à Guînes dans le Pas-de-Calais, où le château du Tournepuits a subi d’importantes transformations, suscitant un débat public.

EN BREF

  • Le château du Tournepuits a été transformé en logements sociaux écologiques.
  • Les travaux, débutés en 2021, ont été achevés en 2023 pour un coût de 2,8 millions d’euros.
  • Les nouvelles structures suscitent des critiques parmi les habitants et les professionnels du patrimoine.

Construit en 1870, le château du Tournepuits a connu une métamorphose radicale. Son architecture d’origine, caractérisée par sa brique rouge, est désormais recouverte d’imposants blocs en bois, conférant un style que certains qualifient de « maison écolo ». Ce relooking, s’il répond à une nécessité fonctionnelle, a suscité des réactions mitigées parmi les habitants et les experts.

En effet, le projet a permis de créer neuf logements sociaux à faible empreinte carbone, mais le choix esthétique est loin de faire l’unanimité. Les transformations ont été réalisées sous l’égide de la Foncière Chênelet, en collaboration avec l’Agence nationale de l’habitat (Anah). Les travaux, qui ont coûté 2,8 millions d’euros, incluent une extension à l’arrière du bâtiment ainsi qu’une surélévation du second niveau, visant à remplacer une charpente endommagée par la mérule.

Les critiques ne se sont pas fait attendre. De nombreux habitants se sont déclarés choqués par l’apparence actuelle du château, qui détonne avec l’architecture traditionnelle de la région. Le café du commerce est devenu le lieu de rendez-vous des mécontents, et la structure cubique en bois suscite des réactions particulièrement vives.

Des professionnels du patrimoine, comme Nicolas Milovanovic, conservateur en chef au musée du Louvre, n’hésitent pas à qualifier cette réhabilitation de « laideur absolue ». Sur les réseaux sociaux, il a partagé son désarroi, dénonçant une transformation motivée par des considérations sociales et écologiques, mais qui, selon lui, se fait au détriment de l’histoire et du patrimoine architectural.

Ce projet soulève ainsi des questions cruciales sur l’avenir des bâtiments historiques en France. Comment concilier préservation du patrimoine et nécessité d’adapter ces espaces aux besoins contemporains ? La réponse à cette question ne semble pas encore être trouvée, et le château du Tournepuits, avec son apparence controversée, illustre parfaitement ce dilemme.